Écologie

Quel entrepreneuriat à l’ère de l’anthropocène ?

Professeur en Sciences de Gestion

Face aux crises systémiques de l’anthropocène, il faut interroger la possibilité d’un entrepreneuriat fondé non plus sur la performance et la domination mais sur la sobriété et la décroissance. Cela passe notamment par une prise de conscience collective, et une éducation entrepreneuriale tournée vers les relations.

L’entrepreneuriat a joué un rôle majeur dans la production de crises multiples et systémiques, pour certaines irréversibles, que nous traversons de manière durable. L’ère contemporaine, dite de l’anthropocène, décrit notamment les effets irréversibles de l’activité humaine (intégrant le capitalisme) sur la Terre du fait de logiques extractivistes sans fin, jumelées à des pratiques de (re)colonisation permanente.

publicité

Ainsi, l’entrepreneuriat se pratique souvent sans considérer que la planète est limitée, épuisable ou déjà épuisée… Les projets sont parfois déconnectés des conditions d’habitation de la planète, des relations entre les Nords et les Suds, des possibilités de vie décente des personnes… dans une logique de surexploitation. Un entrepreneuriat de maitrise en somme, produisant surtout des maitres.

Est-il possible de penser d’autres pratiques entrepreneuriales qui contribuent à rendre le monde vivable et viable de manière plus égalitaire ? Cela requiert d’abord un changement profond de logique. Il s’agit de considérer que la planète est composée non plus de ressources qu’il s’agit de s’approprier et d’extraire au service d’une performance, mais de vivants et d’autres qu’humains avec lesquels réinventer des relations et des logiques mutuelles. Cultiver les « entre » vaut plus que « prendre ». Cela entraîne de considérer la décroissance et la sobriété comme des principes directeurs au détriment de la croissance. Cela rend impératif de reterritorialiser les activités entrepreneuriales – un territoire dont on prend soin – et d’abandonner les pratiques, parfois hors-sol, des start-ups.

Cela suppose qu’au marché et à l’individu, on substitue des pratiques communautaires et de collaboration. Mais plus encore, que la mythologie de l’entrepreneur autarcique, soumettant « les autres » à ses intérêts, soit abandonnée au profit de la délibération continue des projets entrepreneuriaux. Inventer de nouvelles manières (de s’-) d’organiser est une question entrepreneuri


Olivier Germain

Professeur en Sciences de Gestion , Université du Québec à Montréal

Rayonnages

Société Écologie