Psy de Bataille – sur Adrien Borel de Mathilde Girard
La psychanalyse est-elle un bon sujet de roman ? On peut, si l’on est tenté de répondre oui, se souvenir de François Weyergans ou de Philip Roth, parmi tant d’autres… mais c’est plutôt du point de vue des analysés que se racontait alors l’histoire.

L’originalité d’Adrien Borel, l’excellent livre de Mathilde Girard, est de choisir pour centre du récit un psychanalyste bien réel, Adrien Borel (1886-1966) qui accueillit sur son divan Georges Bataille ou Michel Leiris, sans se proposer pour autant d’en établir la simple biographie, mais en utilisant l’espèce de double potentiel historique et romanesque du personnage. Ainsi, la psychanalyse ne sera-t-elle pas seulement le sujet du texte, plutôt quelque chose comme un objet de plaisir fictionnel : c’est le charme même d’un livre didactique avec légèreté, profond sans oublier d’être élégant.
Ce livre s’ouvre donc sur une rencontre qui représente davantage que la simple consultation d’un patient chez son analyste : Adrien Borel reçoit Georges Bataille, et une certaine histoire commence, qui a à voir avec l’époque – celle des surréalistes, d’une possible révolution générale, mais aussi de l’inéluctable montée du fascisme – et un certain idéal de la littérature. Bataille a 30 ans, Borel une dizaine d’années de plus, ce qui permet de situer l’action vers 1927. Mathilde Girard nous laisse volontiers deviner les dates et c’est l’un des agréments de ce faux roman biographique, qui traite son personnage comme une fiction qu’il nous appartiendrait de décrypter. Le texte relève en ce sens du jeu savant, mais n’exclut pas le lecteur : à lui de suivre la juste piste dans l’enquête autour d’une figure un peu méconnue et qui pourtant tient une place essentielle dans l’histoire française de la psychanalyse.
C’est un aspect du livre qu’il faut absolument mettre en avant : Adrien Borel, avec ses ellipses et ses partis pris, dresse une histoire authentique et très sérieusement documentée de la psychanalyse telle qu’elle se dévelop
