Cinéma

John Smith : « Je vois les films comme un jeu »

Critique

Le Forum des images consacre jusqu’au 5 juillet un vaste cycle à « L’Art du mensonge » – plus de 70 séances pour démêler le vrai du faux à l’heure des fake news et de l’IA générative. L’occasion de rencontrer John Smith, cinéaste anglais inclassable qui, depuis cinquante ans, fabrique des films-pièges où son et image se dissocient, où la voix off dérègle le réel, mêlant humour et horreur politique de Thatcher au génocide en cours.

En ces temps de fake news et de déferlante d’images générées par la dite « intelligence artificielle », le Forum des images a la fructueuse idée de consacrer, jusqu’au 5 juillet, son nouveau cycle à « L’Art du mensonge », soit plus de 70 séances pour « démêler le vrai du faux ». Ce week-end, l’institution accueille John Smith, cinéaste et artiste anglais dont l’œuvre, entamée depuis le milieu des années 1970, n’a cessé de traquer les doubles fonds des images audiovisuelles.

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Ses premiers courts-métrages se donnaient des règles du jeu en forme de contraintes linguistiques (séparer la bande son et la bande image, jouer sur des effets de montages visibles ou invisibles, orchestrer des ambiguïtés sonores pour réorienter la lecture des images) tout en revisitant la figure du narrateur non-fiable (l’hilarant The Girl Chewing Gum et sa voix-off ordonnatrice du flux urbain).

Se plonger rétrospectivement dans cette œuvre – soit un demi-siècle de formes diverses mais toujours baignées d’un humour décapant : films-installations, vrais-faux journaux filmés, réagencements d’images trouvées – c’est aussi arpenter une mémoire politique de l’Angleterre contemporaine. Les ères Thatcher, Blair/Bush, Brexit et Covid/Johnson y sont revisitées avec une ironie certaine qui confronte les discours d’époques avec une certaine étrangeté du quotidien.

Si John Smith aura finalement attendu près de 50 ans pour se livrer frontalement à l’exercice de l’autoportrait (Being John Smith, réalisé en 2025), on pourrait aussi le présenter à notre manière. Il tient donc autant du photographe de Blow Up (observer le réel, jusqu’à le distordre pour en faire apparaître ses faux-semblants), que du disciple de Georges Perec (traquer l’infra-ordinaire et en tirer sa propre méthode ludique), ou du laborantin malicieux déréglant appareils et algorithmes pour les entraîner vers l’écriture automatique. Somme toute, il est un incomparable trublion sémiologique dont son cinéma redéfinit jusqu’au vertige, ce


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