Cinéma

L’union fait la farce – sur Jim Queen de Marco Nguyen et Nicolas Athané

Critique

Le mois des fiertés méritait bien son film étendard. Nous voilà comblés avec Jim Queen, hilarante et affûtée fable animée où les gays parisiens sont menacés par le virus de l’hétérose (une « séropositivité à l’envers ») et trouvent leur messie en la personne d’un frêle fils-à-maman sortant du placard. Pimpant et rigolard, Jim Queen est aussi un inattendu film-tract rassembleur, un parfait antidote en ces temps de bollorisme aigu.

« On est le gym queens ! » Abdos saillants, barbes taillées, pilosité domptée, épiderme raffermi, shorts moulants, torses bombés. Au garde-à-vous pour suer sur les rameurs ! Les gym queens se voient comme la caste élue trônant au sommet de la pyramide désirante du monde gay. Et au sommet du sommet de cette pyramide trône Jim Parfait, leur gourou, chantre du corps sculpté, go-go dancer, empereur, enfin surtout influenceur aux millions de followers. Du haut de son podium, il enregistre sa énième vidéo de routine fitness, tout en donnant le tempo à la chorégraphie de ses ouailles idolâtres.

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C’est par cet hymne réglé comme du Busby Berkeley pour salles de sport réservées aux hommes, que l’on rentre dans Jim Queen, le film d’animation le plus hilarant et affûté qu’on ait vu depuis longtemps. Pour Jim, ce monde accordé à ses désirs est aussi parfait que son patronyme.

La satisfaction immédiate produite par cette chorégraphie inaugurale a quelque chose de trop parfait…et même d’un peu flippant, à vrai dire. La rythmique au cordeau de l’animation évoque la danse des marteaux dans Pink Floyd The Wall (Alan Parker 1982). Serions-nous dans une séquence de propagande ? Plus simplement, dans l’enregistrement d’une énième story pour réseaux sociaux, une autre façon de propager les images. D’emblée, cette cadence montre alors son ironie. Même dans le monde idéalisé d’un dessin animé, une telle perfection ne peut être que factice.

Une telle bulle ne peut qu’éclater. Et Patatras ! Tout s’écroule pour Jim Parfait quand son alignement musculaire se met à défaillir, qu’un abdo devient récalcitrant, que du bide commence à apparaître, qu’il ne peut réfréner son penchant pour la bière et les planches mixtes. Pour un peu, en ce Mois des Fiertés et de Coupe du Monde, il sèchera(it) la Pride pour aller encourager les Bleus. Serait-il atteint d’hétérose, ce virus qui « convertit » les gays à l’hétérosexualité ? Il semblerait bien que oui, et c’est tout un monde qui s’effondre.

Jim n


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