De la magie noire à l’état civil – sur Aust d’Émilien Chesnot
Parfois, trop rarement, la poste nous réserve de fort belles surprises. Un auteur dont on ignorait tout, ou son éditeur, que l’on respecte sans vraiment connaître son catalogue (y figurent aussi bien Anne-Marie Albiach ou Louis Zukofsky que des contemporains), vous envoient un livre qui, à peine émergé de son enveloppe, invite à l’ouvrir de sa très belle facture au grain épais.

S’ensuit la découverte étonnée d’une alternance de registres mêlant le poème désarticulé à la narration très scrupuleuse d’une forme d’enquête intérieure sur des expériences ou des événements que l’on peut aussi bien dire de langue que de vie (une subite et passagère étanchéité de ou à la langue maternelle, à l’oral puis à l’écrit ; une question tournée de telle façon par un supérieur hiérarchique que la réponse s’en trouve contrainte avant tout début de réflexion). D’évidence, le récit implique une approche réflexive quant au langage flirtant avec l’essai : c’est la notion même de genre, ici, qui ne semble plus qu’un paysage de ruines transformé en terrain de jeu.
Puisqu’il y a là quelque, chose, indubitablement, et cette chose saute aux yeux dès que ceux-ci se posent au hasard des pages de Aust, d’Emilien Chesnot, auteur déjà d’une demi-douzaine de recueils chez divers éditeurs. La lecture le confirme. Écrire un article est une façon d’essayer de le mieux comprendre, et comment s’articulent les trois parties qui constituent l’ensemble : « lem ouch » (titre ésotérique qui s’élucide rapidement), « À l’état civil » (l’auteur, né en 1991 à Rennes, interroge sa qualité d’officier d’état civil et le rapport à la langue et au « nom propre » qu’elle implique), et enfin « Aust », en guise d’ouverture ou de retour à l’acte poétique — quand passer à l’acte de poésie est une façon, ici, non plus de nommer (le monde), mais de chercher à l’appeler dans la page, le monde, ou, peut-être, dans les fêlures de la page.
Les séries de poèmes qui ponctuent le livre sont en effet systématiquement organi
