Cinéma

L’évaporation du monde – sur Dry Leaf d’Alexandre Koberidze

Critique

Quête d’un père à la recherche de sa fille disparue, Dry Leaf a été tourné avec un téléphone portable archaïque, transformant ce récit de voyage dans la campagne géorgienne en vibrant manifeste plastique. Derrière ces paysages saisis à gros pixels, c’est la peinture d’un (vieux) monde en voie d’évaporation. Un film néanmoins pas indemne de certaines complaisances.

La Géorgie aurait-elle le monopole du spleen footballistique ? On n’imagine pas spécialement le plus grand footballeur actuel, le poète et conquérant Khvicha Kvaratskhelia soudainement pris d’un affect mélancolique, sauf peut-être ces jours-ci quand il doit ronger son frein pour cause de non-participation à la Coupe du monde.

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Peut-être pour occuper ses journées de vacances, pourrait-il regarder Dry Leaf de son compatriote Alexandre Koberidze. Déjà, il aura la surprise de s’y voir subrepticement (sous la forme d’une photo sur la couverture d’un cahier d’écolier). Ensuite, parce que ce road-movie qui nous embarque pour trois heures d’errance entre campagnes et collines géorgiennes est aussi un jeu de piste philosophique voguant de terrain de foot en terrain de foot.

Quelle est donc la règle du jeu d’un tel voyage, et partant du film lui-même ? Un matin, Irakli, un professeur d’une soixantaine d’années, reçoit une lettre de sa fille Lisa. Elle lui annonce qu’elle a quitté Tbilissi, qu’elle a choisi de disparaître volontairement et demande à ce qu’on ne vienne pas la (re)chercher. On sait juste que, photographe sportive, elle était partie photographier les terrains de foot des villages du pays. Désobéissant à la supplique de sa fille Irakli, part à sa recherche, essayant au gré des indices glanés çà et là de reconstituer son parcours.

Écrit comme cela, le résumé insiste déjà beaucoup trop sur la dimension psychologique du film alors qu’il vaut surtout pour son sidérant pari plastique, à savoir de filmer ce carnet de voyage, sans doute largement construit au jour le jour, avec un téléphone portable première génération, datant de 2008 (soit la préhistoire à l’échelle de l’histoire de la tech), et de privilégier les plans larges, en s’accommodant ainsi d’une image à gros pixels, à la définition volontairement vacillante. Pour être complet sur la procédure, on rajoutera que le film est aussi composé à deux têtes, Alexandre Koberidze à la réalisation et son frère G


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