Littérature

Éros, Thanatos et moi – sur La Punition d’Arthur Dreyfus

critique

« Je sais que tu mens. » La scène d’ouverture est un dialogue entre un père et son fils après son coming out. S’ensuit, sur plus de 1 000 pages, le carnet de notes d’un jeune gay qui s’abîme. Après Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui, Arthur Dreyfus poursuit son projet de « stratigraphie de l’écriture de soi ». On s’interroge : a-t-il les armes de l’art ? En tout cas, il a celles de l’intelligence et de la culture.

Il y eut Guillaume Dustan. Y aura-t-il Arthur Dreyfus ? Le premier est mort en 2005, peu après la Grande Épidémie qu’il a traversée sur la corde raide. Le second est vivant, né en 1986, à l’heure où des cachets permettent de se protéger du VIH.

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Ils sont homosexuels, ils en parlent, écrivent sur cet état de fait, sont prolixes, doués, lettrés et ont un même éditeur, P.O.L. Ils sont aussi clivants, mais différemment, le premier l’était davantage, et plus subversif, plus politique. Entre les deux, plus d’une génération s’est écoulée, la page du XXe siècle a tourné, la comparaison peut donc s’arrêter là, même si le second ne manque pas de citer le premier comme une lointaine étoile.

Arthur Dreyfus œuvre à la fois dans le champ de l’écriture, de l’art contemporain, de la musique, de la littérature jeunesse, de la mode… Il pourrait être ce qu’autrefois on appelait un dilettante, une personne que ses dons, flexibles, portent à se disperser de ci de là, non sans une certaine désinvolture, au gré de ses envies et de ses caprices. Cela dit, quelque chose cloche dans cette hypothèse, et ce quelque chose est le livre dont il est question ici, intitulé La Punition, un titre qui paraît peu compatible avec la légèreté, la grâce que distille l’idée de dilettantisme, un mot d’origine italienne et musicale.

La Punition est un journal, sans dates, mais un journal quand même, ou un carnet de notes géant. C’est en effet un livre épais, plus de 1 120 pages de texte imprimé sur du papier bible. En regardant de plus près, vous découvrez que ces 1 120 pages sont assorties d’un addendum numéroté de 1 à 18, imprimé dans une encre défaillante, à peine lisible, comme si le texte s’en allait dans les limbes. Puis vous remarquez que ces 18 pages reprennent les 18 premières. Est-ce une façon d’encadrer ce texte boulimique ? Il s’agit plutôt de répéter et d’enfoncer le clou de ce qui est au cœur de ce nouveau journal (l’auteur a déjà publié un Journal sexuel d’un garçon d’aujourd’hui chez


Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice

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