Voyage au bout de la quête – sur La Croix percée de Siméon Lerouge
Il faudrait commencer ici par un éloge, presque solennel, des Éditions Tristram, la maison tenue à Auch depuis 1988 par Sylvie Martigny et Jean-Hubert Gailliot, sous les auspices fidèles du Tristram Shandy de Laurence Sterne : à chaque saison, ou presque, ils publient un livre qui semble surgi de nulle part, échappant au code du commun, suscitant la surprise, excitant la curiosité.

C’était le cas par exemple pour l’étonnant Rousse de Denis Infante, en 2024, doux récit d’une renarde devenu un formidable succès de librairie, et c’est le cas à nouveau pour La Croix percée de Siméon Lerouge.
Ce premier roman, signé d’un poète né en 1993, dont il faut avouer que nous ignorions tout (et qu’une courte biographie nous dit être à la fois jardinier et secrétaire des Cahiers Lautréamont), se distingue des récits manufacturés qu’ont tendance à produire, aujourd’hui, maints ateliers d’écriture, malins et millimétrés… Pour le dire autrement, il n’y a pas de « dispositif » apparent, quand on se lance dans ce texte aux allures singulières, où un homme raconte, comme il nous parlerait, une histoire dont on ne sait si elle relève du témoignage ou de la pure fiction.
Cela ressemble au réel, en tout cas, puisque c’est le récit sans façon, à la suite d’un déménagement, d’une installation dans la Sarthe : la découverte d’un monde rural, après une dizaine d’années passées par le narrateur à Brest, dont demeure pour lui le souvenir des rues, des plaques commémoratives ou des détails d’architecture. Depuis tout petit, nous dit-il, son rapport à la réalité environnante se nourrit des livres qu’il a lus : il est fasciné par les légendes et attentif – tel un « paysagiste du souvenir » – à l’envers des choses qu’il décrit, à leur mémoire secrète, à leur imaginaire secret.
Ainsi disserte-t-il, sans sembler se soucier d’une intrigue, sur son acclimatation à la campagne, son rapport à l’art et à la nouveauté, Victor Segalen ou Arthur Rimbaud, ce goût spécial enfin pour un site où l’on
