De la planification à la prédiction algorithmique : quelle vision d’avenir ?
Anticiper des événements, imaginer un autre avenir, modéliser des scénarios de développement, estimer des risques, planifier des actions, programmer des flux : autant de démarches qui, des pratiques de divination aux calculs assistés par ordinateur, traduisent une même volonté : se projeter dans le futur pour mieux le maîtriser.

La définition même du pouvoir inclut cette capacité d’anticipation permettant d’influer sur le cours des événements. Cependant, les concepts et les outils par lesquels s’exerce ce pouvoir ne cessent de se transformer avec le temps. Au cours du XXe siècle, l’économie nationale est devenue un objet d’étude et d’intervention pour les États, dont la légitimité est désormais liée à leur capacité à assurer croissance et prospérité. Pour ce faire, les États se sont dotés d’autorités économiques et financières, de centres de recherche spécialisés et d’agences statistiques produisant modèles, mesures et estimations censés appuyer l’action publique. Au cœur de cette activité se trouvent les pratiques de planification et de prévision.
Les plans quinquennaux ont été introduits en Union soviétique dès la fin des années 1920 pour guider l’industrialisation, puis coordonner l’ensemble de l’économie de manière supposée rationnelle. L’économie de guerre a contribué à généraliser la planification au sein des nations belligérantes, en favorisant le développement d’outils mathématiques de plus en plus sophistiqués, appuyés par le numérique (programmation, recherche opérationnelle, optimisation). En Europe, et plus particulièrement en France, la planification économique a connu son heure de gloire dans les décennies d’après-guerre : le Commissariat général au Plan était alors une institution puissante chargée d’assurer la reconstruction et le développement du pays. Cependant, l’institution du Plan, avec sa vision spécifique du progrès social et sa réticence face aux méthodes algorithmiques, entre pourtant en crise dans les années 1970. En revanche, un
