Cinéma

Empires, génocide et moments de bonheur – sur la 83e Mostra de Venise

Journaliste

La 83e édition du Festival de Venise a amplifié une tendance actuelle à la dispersion des choix, où la prolifération des films et des approches tend à aggraver la confusion. Pourtant, au moins un axe contemporain s’y est dessiné, en relation avec la tragédie en cours en Palestine. Et quelques œuvres y ont malgré tout frayé leur chemin.

À l’heure de publier ces lignes, le 83e Festival de Venise, est toujours en cours – jusqu’au 12 septembre. Pas question donc d’un bilan en bonne et due forme, encore moins de commenter un palmarès toujours dans les limbes. Cet exercice habituel serait en l’occurrence de toute façon bien hasardeux, tant cette édition du plus ancien festival de cinéma du monde se caractérise, si on peut dire, par l’hétérogénéité de ses choix. La tendance n’est pas nouvelle, ni spécifique à la Mostra, mais elle a été cette année encore plus marquée que les années précédentes, ou que ce qui s’est vu dans les autres grandes manifestations internationales.

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Pour ne mentionner que les longs métrages inédits, pas moins de 117 titres étaient présentés sur le Lido, répartis dans cinq sections officielles et deux sections parallèles, selon des logiques difficiles à identifier – hormis le besoin de vedettes, de préférence étatsuniennes ou italiennes – sur le tapis rouge, mais cet aspect-là est banal, à Venise comme ailleurs. Au-delà, on constate un effet « attrape-tout » qu’il est possible de relier à l’importance toujours grandissante des réseaux sociaux. Avec cette conséquence, ici comme ailleurs, que la prolifération en surface tend à produire une focalisation sur quelques titres sur-médiatisés, et puissamment relayés par les algorithmes, les grosses machines de marketing et la valorisation d’une « fan attitude » régressive.

Au sein de cette accumulation, à Venise comme ailleurs, deux problématiques ont focalisé ce qui est considéré comme la présence de la politique, à savoir le rapport numérique entre présences féminines et masculines aux génériques, et la visibilité accordée ou pas au génocide en cours en Palestine. Enjeux de première importance assurément, mais qui tendent aussi à invisibiliser d’autres questions, notamment concernant les catastrophes environnementales en cours et à venir, et les politiques publiques meurtrières contre les exilés, où le gouvernement Melloni est e


Jean-Michel Frodon

Journaliste, Critique de cinéma et professeur associé à Sciences Po

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