Écologie

Dérèglements commémoratifs

Politiste

Au parc Typhoon Lagoon (Disney) en Floride, vous dérivez sur une rivière enchantée au milieu de canots éventrés par un ouragan : avec ce type d’industrie du divertissement, c’est le grand frisson plutôt que le deuil – et nous nous amusons à ne rien apprendre. Aujourd’hui les catastrophes qui placent au cœur de l’actualité des lieux ordinaires, comme Pomas et sa tornade cet été, nécessitent d’autres dispositifs de mémoire climatique.

Le 24 août 2026, une tornade a traversé la commune de Pomas, dans l’Aude, endommageant plus de trois cents habitations et blessant une quarantaine de personnes. L’événement, aussi spectaculaire et dramatique soit-il, n’a rien d’exceptionnel. La France enregistre chaque année entre vingt et cinquante tornades, pour la plupart de faible intensité et qui passent largement sous les radars médiatiques.

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Même lorsqu’elle provoque des dégâts considérables, une tornade ne demeure que brièvement dans l’actualité politique. Elle n’en constitue pas moins, au même titre que l’érosion des hauts lieux patrimoniaux que sont par exemple la Pointe du Hoc ou d’Utah Beach, un marqueur de l’entrée des lieux ordinaires dans une nouvelle chronologie climatique et environnementale.

Mais il existe un endroit où la tornade souffle en permanence : les parcs à thème. Depuis la reconversion de Cypress Garden en parc d’attractions après le passage de trois ouragans en 2004, la Floride a fait du risque climatique un argument touristique efficace, c’est-à-dire divertissant. Dans ce parc, vous pouviez vomir vos donuts dans un grand huit au nom évocateur : The Three Hurricanes. Un peu plus loin, au sein du complexe Disney, Typhoon Lagoon propose aujourd’hui le dérèglement climatique comme amusement aquatique à grand renfort de carton-pâte. Vous dériverez sur la rivière enchantée, circuitant paisiblement au milieu des restes de canots pneumatiques éventrés par le passage d’un ouragan. Par la magie du ticket combiné, vous pourrez également vous changer les idées à Blizzard Beach en passant un agréable moment sur une plage tropicale recouverte de grêlons ou de neige fondue – une station de ski s’y était étrangement installée, mais elle fond. Double dérèglement. Tout rentrera donc bientôt dans l’ordre. Le dérèglement climatique en polystyrène, à portée de tongs. How fun !

En France, le Poitou-Charentes – pardon, la Nouvelle-Aquitaine, c’est un peu notre Floride à nous. Le Futuroscope de Poitie


[1] Tchornobyl et Prypiat seront orthographiés ici selon la translittération ukrainienne.

[2] Svetlana Alexievitch, « Monologue sur la difficulté de vivre sans Tchekhov ni Tolstoï », La Supplication, Galia Ackerman et Pierre Lorrain trad., Éditions Jean-Claude Lattès, 1998, p. 108-109, p. 169 et p. 234.

[3] L’agence Bis-Pol Polish Travel Agency organisait ainsi des circuits d’un ou deux jours depuis 2007, en partenariat avec des agences locales ukrainiennes.

[4] Serhii Plokhy, Chernobyl: History of a Tragedy, Allen Lane, 2018. Voir également les enquêtes menées par Galia Ackerman et le travail spécifique sur les mémoires de Tchornobyl de Tatiana Kasperski et ses différentes réappropriations nationales.

[5] Selon la devise de l’agence Aliena Tours. On y trouve néanmoins aussi d’autres pratiques, bien davantage liées aux activités scientifiques, notamment celles proposées par Strefa Zero, fondé en 2007 par des étudiants de l’école polytechnique de Varsovie.

[6] Voir l’enquête fine menée sur ces agences et les raisons très hétérogènes qui motivent les touristes eux-mêmes dans Magdalena Banaszkiewicz, Zygmunt Kruczek, et Anna Duda, « The Chernobyl Exclusion Zone as a Tourist Attraction. Reflections on the Turistification of the Zone », Folia Turistica, n° 44, 2017.

[7] Les soldats russes ayant occupé la centrale ont retourné la terre contaminée de la Forêt Rousse en mars 2022 pour creuser des tranchées.

[8] Ces guides sur l’Ukraine sont déjà renouvelés par les Ukrainiens eux-mêmes malgré la guerre. Mentionnons le projet Discovery Guide, consacré à Bakota, en Ukraine, près de la Moldavie, souvent surnommée « l’Atlantide ukrainienne » après l’inondation volontaire, en 1981, d’une trentaine de villages pour la construction d’un barrage hydroélectrique. Lancé en 2024, le projet associe artistes et communautés locales, enfants, personnes âgées et déplacés internes, dans la création d’un « guide de voyage alternatif », inspiré notamment du Sarajevo Survival Guide, conçu penda

Christine Cadot

Politiste, Professeure à l'Université Paris 8 et membre du laboratoire CRESPPA

Notes

[1] Tchornobyl et Prypiat seront orthographiés ici selon la translittération ukrainienne.

[2] Svetlana Alexievitch, « Monologue sur la difficulté de vivre sans Tchekhov ni Tolstoï », La Supplication, Galia Ackerman et Pierre Lorrain trad., Éditions Jean-Claude Lattès, 1998, p. 108-109, p. 169 et p. 234.

[3] L’agence Bis-Pol Polish Travel Agency organisait ainsi des circuits d’un ou deux jours depuis 2007, en partenariat avec des agences locales ukrainiennes.

[4] Serhii Plokhy, Chernobyl: History of a Tragedy, Allen Lane, 2018. Voir également les enquêtes menées par Galia Ackerman et le travail spécifique sur les mémoires de Tchornobyl de Tatiana Kasperski et ses différentes réappropriations nationales.

[5] Selon la devise de l’agence Aliena Tours. On y trouve néanmoins aussi d’autres pratiques, bien davantage liées aux activités scientifiques, notamment celles proposées par Strefa Zero, fondé en 2007 par des étudiants de l’école polytechnique de Varsovie.

[6] Voir l’enquête fine menée sur ces agences et les raisons très hétérogènes qui motivent les touristes eux-mêmes dans Magdalena Banaszkiewicz, Zygmunt Kruczek, et Anna Duda, « The Chernobyl Exclusion Zone as a Tourist Attraction. Reflections on the Turistification of the Zone », Folia Turistica, n° 44, 2017.

[7] Les soldats russes ayant occupé la centrale ont retourné la terre contaminée de la Forêt Rousse en mars 2022 pour creuser des tranchées.

[8] Ces guides sur l’Ukraine sont déjà renouvelés par les Ukrainiens eux-mêmes malgré la guerre. Mentionnons le projet Discovery Guide, consacré à Bakota, en Ukraine, près de la Moldavie, souvent surnommée « l’Atlantide ukrainienne » après l’inondation volontaire, en 1981, d’une trentaine de villages pour la construction d’un barrage hydroélectrique. Lancé en 2024, le projet associe artistes et communautés locales, enfants, personnes âgées et déplacés internes, dans la création d’un « guide de voyage alternatif », inspiré notamment du Sarajevo Survival Guide, conçu penda