Cinéma

Limites du « livradapté » – sur Histoires de la nuit de Léa Mysius

Critique

Présenté au dernier festival de Cannes et adaptation d’un écrivain contemporain phare, Histoires de la nuit de Léa Mysius collectionne tous les atours du film de prestige culturel. Hélas, il n’est que le dernier avatar du « livradapté », mise en images souvent peu inspirée d’un succès de librairie récent. Une stratégie qui affadit souvent les œuvres dont elle s’inspire et qui bute ici sur un paradoxe fatal : ce « livradapté » s’est attaqué cette fois-ci à une matière particulièrement inadaptable.

Les rentrées cinéma et littéraires obéissent parfois à de curieux jeux de synchronismes à retardement. Histoires de la nuit de Laurent Mauvignier qui était l’un des titres phares de la rentrée littéraire en 2020 se voit aujourd’hui porté à l’écran par Léa Mysius, grosse sortie de cette rentrée cinéma.

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Entre ces six ans, il y a eu le Prix Goncourt de Mauvignier pour La Maison vide et la sélection du film au dernier Festival de Cannes, où il a été plutôt fraîchement accueilli. Succès critique et public des livres, Goncourt, Cannes. Les signes de prestige ne manquent pas. Dans un plan de promotion idéal, ils auraient été les bonnes étoiles qui auraient guidé le film vers un destin glorieux, sauf que….

Sauf que Histoires de la nuit (le film) n’est qu’un énième avatar d’un nouveau produit culturel, le « livradapté ». Qu’est-ce donc ? Une sorte de fusion marketée d’un succès de librairie et d’un film calibré pour plaire. La belle invention que voilà ! Le « livradapté » peut aussi bien vous donner envie de lire ou (faire semblant de) relire des classiques dont vous n’avez qu’un souvenir brumeux (ces dernières années L’Étranger de Camus/Ozon ou Illusions Perdues de Balzac/Giannoli) ou alors vous permettre de rattraper les romans dont on parlait il y a un, deux, cinq, dix ans dans les dîners en ville. Ces livres que vous vous étiez jurés de lire quand vous auriez le temps, mais ce maudit temps… Heureusement, le « livradapté » est là pour vous. En ce sens, il est la version augmentée du livre audio (une voix suave qui vous lit à l’oreille) un nouveau produit dérivé arrivant au bout de la chaîne du livre.

Pourtant, on n’a pas attendu Histoires de la nuit pour savoir que l’adaptation littéraire existe depuis la nuit des temps. On ne compte plus les grands films tirés de romans. Il y aurait même cette loi implicite qui voudrait que la qualité d’un film soit inversement proportionnelle à la qualité du livre adapté. Encore faudrait-il qu’on ait lu Les Dents de la mer de


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