Une revenante – sur « Eva Gonzalès, parcours d’une artiste libre »
L’époque est aux revenantes, prenant conscience du nombre considérable d’artistes femmes qui hantent l’histoire de l’art, oubliées de la postérité alors même que leurs œuvres témoignent de leur importance dans les grands musées, ou leurs réserves.

C’est le cas d’Eva Gonzalès (1847-1883), qui bénéficie cet automne d’une vaste rétrospective au Petit Palais, manière d’arracher à l’anonymat une œuvre bien moins connue que les deux exceptions à la règle que sont celles de ses contemporaines Mary Cassatt, dont le Musée d’Orsay s’apprête à célébrer le centenaire d’une toute première rétrospective dans un musée national (mieux vaut tard que jamais), et bien entendu Berthe Morisot, mise à l’affiche par le même Musée d’Orsay en 2019.
Il est vrai qu’à la différence de ces deux dernières, Eva Gonzalès, morte peu après la naissance de son premier enfant, à 36 ans à peine, n’a jamais exposé avec les impressionnistes alors lancés à l’assaut de la scène artistique pour « libérer les arts plastiques » (Gauguin). D’une très bonne famille baignant dans l’univers mondain des arts et des lettres du Second Empire, Eva Gonzalès a persisté toute sa carrière à présenter ses œuvres au salon officiel où, globalement, elle a été plutôt bien reçue d’année en année. Ce faisant, elle s’inscrivait dans les pas de son mentor Édouard Manet qui, malgré sa proximité avec le mouvement, a préféré secouer l’institution de l’intérieur plutôt que de s’afficher dans aucune des huit expositions impressionnistes organisées entre 1874 et 1886. De fait, tout un pan de l’œuvre de Gonzalès doit énormément à Manet, son art de peindre mais aussi d’apprendre à voir. Il suffit pour mesurer cette proximité de comparer l’Enfant de troupe de l’une (1870) au fameux Fifre de l’autre (1866), ou de retrouver dans Une loge aux Italiens un bouquet de fleurs très proche de celui de L’Olympia.
Gonzalès est d’ailleurs fréquemment présentée comme ayant été « la seule élève » de Manet, ce qu’elle avait vivement désiré de
