Littérature

Un chat à la mesure du monde – sur Chat Larme d’Hélène Cixous

Écrivain

Chez un grand écrivain, plus un livre est petit – plus il est bref –, plus il donne au lecteur le sentiment de contenir l’énorme somme de tous ceux qui l’ont précédé et de tous ceux qui le suivront peut-être – quand bien même ce petit livre, comme c’est ici le cas, se donnerait pour le dernier de tous ceux qu’aura écrits le grand écrivain dont il s’agit maintenant.

«Si c’était mon dernier livre… » se demandait Hélène Cixous, à la fin de Ce qui n’était jamais arrivé (Gallimard, 2025), paru l’an passé. Elle y évoquait sa propre mort, celle de son frère, la promesse qu’il aurait voulu qu’elle lui fasse : de ne pas disparaître avant lui et de ne jamais écrire à son sujet, double promesse qu’elle n’aura pas tenue puisqu’il faut toujours trahir les morts si l’on veut ne pas les tuer et ne pas périr avec eux.

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Au sujet de ce « dernier livre » que finalement ne fut pas le livre qui parut l’an passé, l’imaginant, Cixous écrivait : « il me surprendrait, il serait différent du livre que je promettais an à an de mettre au monde avant la fin. L’inconnu vénéré, le mausolée, le sacré. Il me ferait rire et pleurer, il me ferait pleurire, il me traverserait de sanglots de joie et de soulagement, je tressaillirais de surprise. » Et, quelques lignes plus bas, elle ajoutait : « Si c’était mon dernier livre, je ne le saurais pas. »

Le fil de la réflexion, le cours de la rêverie passaient déjà par le livre d’avant : Et la mère pond vite un dernier œuf (Gallimard, 2024), recueil au titre étrange emprunté aux aventures cruelles de Max et Moritz, une histoire destinée aux enfants d’autrefois et qui leur montrait quel rire peut répondre de l’horreur et ce qui sort encore du ventre – pour ne pas dire : du cul- d’une « poule prête à trépasser ». Et ce fil, ce cours, rien n’empêcherait encore de les suivre dans le livre d’avant et dans celui d’avant, du pénultième à l’antépénultième et ainsi de suite, jusqu’au premier peut-être, Dedans (Grasset, 1969), datant désormais d’il y a plus d’un demi-siècle. Le lecteur parcourrait ainsi à l’envers la série de tous ces ouvrages qui, aux dires de l’auteur, ne sont tout à fait ni des récits ni des journaux mais qui constituent comme « un enregistrement des pas du Temps » : l’enregistrement du « ne pas » d’une négation répétée par laquelle, malgré l’immémoriale marche vers la mort, tel le héros « aux pieds l


Philippe Forest

Écrivain, Romancier, essayiste

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