Pour une iconogenèse de gauche
Samedi 17 octobre, CNews titre : « Le socle de la statue de la place de la République à Paris détruit par des casseurs. » Dans les cortèges, on réclamait des professeurs, des classes moins chargées, des prix bloqués à la pompe. Rien de cela ne fait une image.

Le 19 octobre, les chaînes d’information repassent en boucle l’effondrement du campanile de l’hôtel de ville de Limoges, entre la résidence saccagée de la préfète de Bordeaux et les vitrines pillées à Paris.
L’« Heure des Pros », la matinale de Pascal Praud sur CNews, revient plusieurs jours de suite sur un même sujet. La Fête de la musique un matin, les rues pleines de canettes et de bonbonnes de protoxyde d’azote que ramassent les éboueurs. Le voile six matinales, dont quatre de suite. Le classement PISA, les violences à Saint-Pierre-des-Corps, le narcotrafic à Nantes, l’affaire Charles Sapin sur France Inter reprise jour après jour. Les sujets changent, le message ne bouge pas. « Le pays est un drame », dit Praud le 9 septembre. On peut regarder l’émission des semaines sans y voir une seule image de joie.
Et même quand la joie revient en boucle, avec la visite du pape, c’est une France d’avant que l’on célèbre, une joie perdue.
En octobre, ce sont les lycées. Le 1er, la situation est « insurrectionnelle ». Le 13, « ce mouvement est artificiel ». Le 19, Praud ouvre l’émission en prévenant : « On va évidemment beaucoup voir les images. »
La droite gagne la bataille des images parce que ce qu’elle dénonce se photographie, et la gauche la perd parce que ce qu’elle défend ne se photographie pas.
Que pourrait montrer en face une chaîne de télé qui ne penche pas de ce côté ?
D’abord, d’autres coupables. L’image du policier qui tue George Floyd sous son genou a circulé, parce qu’on y voit un homme commettre un acte, sur le fait. Mais le pollueur, le milliardaire, l’industriel ne se filment pas de la même façon. Leur tort n’est pas un acte pris sur le fait, c’est un processus, souvent invisible, un contrat,
