Littérature

Mainmise paternelle – sur Pute vierge de Dominique Sigaud

Écrivain

« Je sais combien ces hommes agissent sans conscience de ce qu’ils produisent, dans le goût de cette ignorance. » Longtemps rien n’a pu être dit des atteintes à l’intégrité physique d’une adolescente. Pute vierge est le récit d’une insulte existentielle précédée par deux violences sexuelles subies par l’autrice qui, à 16 ans, venait de répondre à « l’appel du sexuel » pour la première fois. Dominique Sigaud, dont les terrains comme reporter ont inclus les violences sexuelles sur mineur.es, a ici aussi fait un long travail d’enquête.

Certes, le nom de Dominique Sigaud suffit à garantir qu’on trouvera sous le titre Pute vierge tout autre chose qu’un simple témoignage des dégâts d’un modèle patriarcal littéralement incorporé au fil des générations. Pour autant, on ne savait trop, avant d’ouvrir le volume, que penser de ce titre imprimé en lettres jaunes et attachées sur fond rouge.

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On ne le découvre qu’à la page 14, déjà frappé par l’économie percutante de la langue mise à l’épreuve d’une reconstitution douloureuse : l’expression « pute vierge ! »  est d’abord une façon de juron employé dans le Sud de la France où l’autrice a grandi et l’emploie parfois, équivalent local du plus répandu « pute borgne ! ». Surtout, le lecteur comprendra bientôt qu’à se dispenser de point d’exclamation, le titre en vient à faire trembler quelque chose du poids prophétique du langage.

Qu’elle soit bienveillante ou coercitive, ou les deux enchevêtrées, la dimension prophétique d’une parole relève toujours d’un pouvoir, et plus encore lorsqu’elle émane d’un père autoritaire chevillé de valeurs traditionalistes : la parole prophétique peut alors se révéler un instrument de domination par le langage aux effets dévastateurs d’être indéfiniment reconduits, dans les placards d’une mémoire verrouillée par les mille et une forme du doute, de l’effroi et de la honte, qu’il fallait d’abord lever, ici, mot à mot.

« Dans ce récit il y a deux scènes, deux hommes, deux lieux. Une chambre, un chemin. Des mains. / L’une à mon cul nu et baissé, fessant. L’autre à l’intérieur de mon sexe allant et venant ; dedans. / La même année. Mes seize ans. / Sans y être invitées. » Pute vierge est en effet le récit d’une insulte existentielle précédée par deux violences sexuelles subies par une adolescente de seize ans qui venait de répondre à « l’appel du sexuel » pour la première fois, « consentante, entraînée par les faux récits et les fausses images mais consentante, désireuse d’aller à ce territoire à part des sexes, des désirs, de


Bertrand Leclair

Écrivain, Critique littéraire

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