Plantationocène et extractivisme : convergence de logiques prédatrices
Plutôt que d’en rester à la description d’un objet portant sur les phénomènes désignés par les notions « d’extractivisme » et de « plantationocène », le propos qui suit envisage deux orientations. Il s’appuie d’abord sur ce qui a été au fondement de mes recherches depuis plus de 30 ans, à savoir le système de plantation esclavagiste et les interstices où se déploient des résistanpréces inédites. Un système de plantation que l’on a fini par désigner « système plantationnaire », terme qui annonce la venue récente du mot « plantationocène » dans sa visée engagée à désigner enfin clairement l’exploitation intense des corps humains.
Mais la saisie de cette composante « objectivée » souhaite aussi prendre en compte ce qui a été l’autre pendant indissociable de mes recherches, à savoir le milieu même de fabrication de la recherche, c’est-à-dire cet univers qui est régi par des codes, des façons de faire, des régulations, des principes d’acceptabilité des discours et qui amènent à positionner les termes ou les concepts dans des réseaux de relation de pouvoir.

Un tel constat n’est certes pas nouveau, mais il est toujours utile et même impératif de prendre en compte ce champ de pratiques, puisqu’il limite la portée de nos pensées critiques à partir du moment où nos façons de fabriquer la science reproduisent ces milieux de socialité conceptuelle. C’est ce qui est constitutif de « la vie sociale des concepts » dépendante d’un contexte, celui de la science, et que l’on ne peut pas ignorer pour tenter d’évaluer la pertinence de nos analyses ou même d’imaginer d’autres milieux de déploiement de la pensée critique qui seraient plus à même de se défaire de pratiques épistémiques hégémoniques.
Pour alimenter cette perspective sur le plantationocène, sur l’extractivisme, sur la prédation, sur la pulsion d’accumulation, je voudrais, de manière un peu provocatrice, mais salvatrice je l’espère, poser la question de savoir si le principe moteur de l’extractivisme ne se retrouve
