A Analyse

International

Enquêter en Syrie derrière son écran

politologue

Alors que la guerre qui perdure en Syrie en condamne l’accès, les chercheurs investissent l’espace numérique comme terrain d’enquête. L’exploration de vidéos mises en ligne par des acteurs aux prises avec les évènements est l’occasion d’un travail d’analyse et d’interprétation des pratiques mais également d’interroger la dimension militante de l’archivage du présent.

Depuis le début de la révolte en Syrie en 2011 et sa transformation en conflit armé, il est devenu impossible de se rendre sur place à moins de se conformer à un encadrement rapproché du régime de Bachar al-Assad dans les zones sous son contrôle, ce que de nombreux chercheurs refusent. Depuis lors, les travaux menés se délocalisent au sein des territoires de l’exil, à partir d’enquêtes menées dans les pays limitrophes de la Syrie ou en Europe. Cet éloignement forcé du terrain se relocalise également dans l’espace numérique et plus particulièrement sur le vaste territoire audiovisuel constitué par les nombreuses vidéos mises en ligne par des manifestants, des activistes et des groupes armés.

Jamais dans l’histoire, une révolte et un conflit n’ont donné lieu à une telle somme de documents filmés (avec des téléphones portables ou des caméras HD), réalisés au moment même des événements et à la marge des mondes institués de la production médiatique. Difficilement quantifiable en raison de l’instabilité et de la volatilité de l’e...

Cécile Boëx

politologue, Maître de conférence à l'EHESS