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Politique

Sous le storytelling, la spirale du discrédit

Écrivain

Le mot « storytelling » entre dans l’édition 2019 du « Petit Robert » : l’occasion de demander à celui qui fut en France son introducteur une analyse de l’évolution des usages du vocable mais surtout des techniques qu’il désigne. A l’ère du clash, où seule compte l’impulsion primitive qui va déclencher une réaction en chaîne de likes ou de retweets, il semble bien que le storytelling connaisse un certain discrédit.

En 2019, le mot « storytelling » entrera dans le Petit Robert. Une consécration pour ce mot qui a fait irruption dans le débat public en novembre 2007 à l’occasion de la parution à La Découverte de mon livre : Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits. À l’époque, le mot était si peu familier que les représentants de la maison d’édition avaient émis un avis négatif sur le titre du livre qui leur semblait incompréhensible et donc invendable. « Storytelling, c’est du chinois pour les libraires », m’avait dit l’un d’eux. L’éditeur François Gèze avait tenu bon mais avait prévu une mise en place modeste pour tenir compte de ces augures pas très encourageants. La première édition fut épuisée en quelques jours et le livre fut sans cesse réimprimé jusqu’à sa parution en édition de poche un an plus tard. Traduit en une quinzaine de langues, vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires toutes éditions confondues, le livre est devenu à la grande surprise de son éditeur et de son auteur un phénomène d’édition.

Christian Salmon

Écrivain, Chercheur au Centre de Recherches sur les Arts et le Langage