Politique

Abécédaire de quelques idées reçues sur les Gilets jaunes

Professeur de littérature et médias

Si les Gilets Jaunes constituent une force politique, celle-ci ne peut être que destituante. C’est leur mérite, et c’est leur limite. Cette force de corrosion ne peut pas être sondée dans sa substance, seulement dans les vides qu’elle révèle et qu’elle creuse au sein de nos croyances et de nos illusions politiques. Il serait vain de vouloir faire leur théorie. On se bornera ici à composer un abécédaire à partir de certaines idées reçues qui circulent à leur propos.

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Abécédaire. Les Gilets Jaunes, en tant qu’habits, revêtent une réalité plurielle, déconcertante, disharmonique, échappant à tout espoir de synthèse idéologique totalisante. S’ils constituent une force politique, celle-ci ne peut être que destituante. C’est leur mérite, et c’est leur limite. Cette force de corrosion ne peut pas être sondée dans sa substance, seulement dans les vides qu’elle révèle et qu’elle creuse au sein de nos croyances et de nos illusions politiques. Il serait vain de vouloir faire leur théorie (cohérente). On se bornera ici à composer un abécédaire (arbitraire et schizophrénique) à partir de certaines idées reçues qui circulent à leur propos. L’abécédaire ne postule pas de cohérence substantielle entre ses différentes entrées, ni ne l’exclut. L’hypothèse est que la consistance des Gilets Jaunes est affective, davantage qu’argumentative – et que cela n’enlève rien à sa valeur.

Banlieues. On semble hésiter à dire si les Gilets Jaunes viennent des « classes moyennes » ou des « milieux populaires », mais on ne dit jamais qu’ils viennent des « quartiers populaires ». On a pris l’habitude de voir des jeunes de banlieue brûler les voitures de banlieues. On a appris à filtrer les stations de RER pour les contenir du mauvais côté du périphérique. Ce qu’il y a eu de choquant, en novembre et décembre 2018, c’est qu’au lieu des traditionnels fils d’immigrés, on voie désormais agir des casseurs « de souche » – réputés venir de cet au-delà de la banlieue qu’est « la province ». Une racaille autochtone ? Une paupérisation contagieuse ? La fin d’un monde ? De nouvelles solidarités possibles ?

Cinq étoiles. Les analystes l’annoncent et le voient venir, gros comme une maison. L’incapacité des Gilets Jaunes à s’organiser de façon suffisamment cohérente pour déboucher sur un mouvement politique digne de ce nom les condamne à dégénérer en un équivalent français des Cinque Stelle italiennes. Un parti prétendument sans idéologie, donc sans principe directeu


Yves Citton

Professeur de littérature et médias, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, co-directeur de la revue Multitudes

Mots-clés

Gilets jaunes