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Politique

Les quartiers, les « gilets jaunes » et la gauche

Politiste

Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », nombreux sont ceux qui remarquent l’absence des quartiers populaires. Mais pourquoi se poser davantage la question que pour d’autres segments de la société ? Sans doute parce que c’est la définition même du sujet politique auquel les forces de gauche entendent désormais s’adresser qui se trouve en jeu.

Ils ne sont pas là ! Depuis le début du mouvement, analystes, journalistes, sociologues, militants se demandent, comme une rengaine, où sont les quartiers populaires. Participent-ils au mouvement ? Sont-ils solidaires ? Comment répondre à ces questions sans énoncer une forme d’injonction à la participation qui ferait de nouveau passer les quartiers populaires pour des déserts politiques et leurs habitants pour des sauvageons ne pouvant qu’osciller entre business et religion, l’engagement collectif leur étant fondamentalement étranger ? Pourquoi d’ailleurs se poser davantage la question pour la population des quartiers que pour d’autres segments de la société ?

Une raison au moins invite à se la poser : derrière la participation au mouvement des « gilets jaunes » se joue la définition du sujet politique auquel les forces de gauche veulent s’adresser. Si le mouvement incarne le « retour de la lutte des classes », mais que les habitants des quartiers n’en font pas vraiment partie, ne peut-on craindre leur marginalisation dans la redéfinition du sujet politique que les forces de gauche cherchent à représenter ? La participation limitée des...

Julien Talpin

Politiste, Chargé de recherche au CNRS