Asile et immigration : réouverture du marché des « vérités définitives » (ou presque)
Nous voilà de nouveau mis (quasiment) devant le fait accompli : celui qui n’était pas là depuis le début (autrement dit, l’étranger, l’immigré, le clandestin, le demandeur d’asile, etc., au choix et la liste n’est pas limitative) est réintroduit avec gravité et urgence dans l’ordre des préoccupations prioritaires de la nation. Le plus haut personnage de l’État a rappelé, exactement comme tous ses prédécesseurs, qu’il fallait prendre à bras le corps une angoisse sociale de première importance, celle de la présence illégitime de personnes ou de groupes de personnes étrangères à l’ordre national. Et cela, faut-il le remarquer au passage, en pleine discussion sur les retraites.

Il y aurait donc ainsi certaines catégories en trop (en particulier les « faux » demandeurs d’asile et les « clandestins ») mais, plus encore, leur présence serait à la source d’un double phénomène dommageable pour le parti majoritaire et par extension, la société française : d’une part, une mésintelligence ou une proximité sociale et culturelle négative entre les « immigrés » et les « classes populaires » ; d’autre part, une usure et une perte de confiance d’une fraction des classes populaires à l’égard du pouvoir d’État et des partis politiques les poussant à aller voir ailleurs, principalement vers le Rassemblement national.
Et pour bien appuyer les enjeux contenus dans ce double aspect le président de la République lui-même en propose une petite analyse en termes de rapports de classe qui depuis tourne en boucle sur les réseaux sociaux et les médias : « La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n’ont pas de problèmes avec ça : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec (…). Les bourgeois de centre-ville, eux, ils sont à l’abri ! » (LREM n’est pas un « parti bourgeois » ? Difficilement croyable, mais passons.) Et le tout se terminant par une recommandation à forte tonalité psychologisante : surtout, sur cette question de l’immigrat