A Analyse

Société

Le goût de la politique

Philosophe

Bien que les débats relatifs à l’alimentation – en particulier à l’agroalimentaire – soient nombreux, le goût en tant que tel est certainement l’un des cinq sens les moins politisés. Pourtant, ses potentialités analytiques sont bien réelles : entre la portée politique de l’art de la table et la conception anthropophage des rapports de domination, en quoi le paradigme du goût éclaire-t-il les mécanismes de la vie politique aujourd’hui ?

De toute évidence, les questions d’alimentation, à plus forte raison quand elles touchent l’agroalimentaire, recouvrent une dimension politique et critique. C’est pourquoi, au départ, le dessein de mon dernier livre résidait dans le refus de se voir condamné à ne parler aujourd’hui du sens du goût qu’en vue de glorifier les performances de la grande cuisine et célébrer l’hédonisme gastronomique.

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Au-delà d’une dénonciation des injustices à l’encontre des animaux, des atteintes à la santé ou au milieu, le goût se laisse saisir à partir d’un caractère politique plus fondamental. Dimension occultée, d’une part, par le halo consumériste d’une cuisine érigée en loisir, et, de l’autre, par une industrialisation se prévalant de nourrir sous peu 9 milliards d’hommes, subodorant ainsi que l’innovation industrielle relèvera ce « défi » par le truchement des biotechnologies et l’agrochimie. Mais de quelle autre potentialité politiq...

Olivier Assouly

Philosophe, Professeur à l'Institut Français de la Mode