A Analyse

Archéologie

À quoi sert l’archéologie ?

Historien

L’archéologie est venue en complément de l’histoire pour battre en brèche, ces dernières années, un certain nombre de mythes et fantasmes liés à l’identité nationale, l’immigration, le rapport au religieux et, finalement, à une nostalgie du passé mal venue. L’archéologie sert même un propos fondamentalement politique lorsqu’elle montre que les civilisations disparaissent quand, trop hiérarchisées et trop inégalitaires, elles se révèlent incapables d’une gestion adéquate de leur environnement et de leurs ressources naturelles.

À quoi sert l’archéologie ? Question futile, a priori ! Pour certains, elle ne sert qu’à garnir les vitrines des musées, à alimenter les voyages et croisières exotiques organisés pour l’occupation du troisième âge, ou encore à faire rêver les (petits) enfants, bref, elle relèverait surtout de la distraction, futile elle aussi. Pour les historiens, ce fut longtemps une discipline accessoire, « une science auxiliaire de l’histoire », disait-on encore jusqu’au milieu du XXe siècle : la vérité était dans les textes anciens, et les archéologues ne faisaient que sortir de terre des vestiges plus ou moins bien conservés et destinés à en illustrer les récits.

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Enfin, pour les aménageurs économiques et les élus locaux qui les finançaient, elle fut longtemps, et parfois encore, une empêcheuse de bétonner en rond : « Vous vous occupez des morts, moi, je m’occupe des vivants », ai-je parfois entendu, quand je présidais l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), dans la bouche d’...

Jean-Paul Demoule

Historien, professeur émérite à l'Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne