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Société

Trouble dans le présentisme : le temps du Covid-19

Historien

La pandémie est aussi un bouleversement du temps, elle a pour premier effet de suspendre peu à peu le présent de la vie ordinaire. Le temps de la maladie s’impose comme celui de l’urgence, de la guerre, mais aussi paradoxalement comme celui incroyablement long de l’anthropocène. La crise actuelle pourrait bien ouvrir sur un temps nouveau.

Qu’est-ce que l’irruption du coronavirus est venu changer dans nos rapports au temps ? Si l’événement a surgi soudainement en Chine (du jour du moins où il a été licite d’en faire état), nous avons pu le voir arriver, tout en voulant croire que, peut-être, il aurait le bon goût de ne pas trop se répandre au-delà de l’Asie. Mais, une fois en France, quelles perturbations temporelles entraînent ce qu’il faut vite se résoudre à nommer épidémie et quelles reconfigurations induit-elle, sachant qu’elle vient percuter l’enchevêtrement des temporalités déjà actives et passablement conflictuelles qui forment la texture de notre quotidien. C’est sous ce seul angle que j’observerai la crise que nous traversons. Je ne suis ni épidémiologiste ni même historien de la médecine.

En quelques semaines à peine, un nouveau vocabulaire, mis en circulation par la parole publique et relayé par tous les médias, est entré dans l’usage quotidien : « gestes barrières », « distanciation sociale », « gel hydroalcoolique » et « masques » (immanquablement « manquants »). « Présentiel » et « distanciel » ont gagné en notoriété, pour qualifier une réunion, selon que les participants sont physiquement présents ou à distance derrière le...

François Hartog

Historien, Directeur d'études à l'EHESS