A Analyse

Société

Au bal masqué ? Comment la distanciation sociale réaffirme la nécessité de la fête 

Anthropologue

Qu’en sera-t-il des fêtes dans le « monde d’après » ? Elles seront le signe qu’un semblant de vie sociale reprend son rythme. Mais tout le monde ne sera pas à la fête et, aujourd’hui comme hier, elle constituera un marqueur social comme un autre. Les uns trouveront toujours le moyen de braconner dans le champ des nouvelles règles, et profiteront sans doute des efforts faits par les autres pour mieux s’affranchir des contraintes et assouvir ainsi leur désir de fête.

Fêter la fin du confinement fait partie du confinement même. Quelques notes de musique, quelques verres pour trinquer, quelques caméras pour immortaliser l’instant…  À la première heure de cette première phase de déconfinement en France, un petit groupe de personnes s’est rassemblé sur les Champs-Élysées pour fêter la sortie sans attestation dérogatoire.

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Rien de très effervescent, mais l’image de ces quelques citadins qui se retrouvent dans un espace public symbole des grands rassemblements festifs parisiens marque le moment vécu. Comme les apéros Skype qui resteront comme les symboles de cette quarantaine. Car la distanciation physique a révélé, en creux, tout ce qui fait de la sociabilité festive une des formes essentielles de nos vies d’êtres sociaux. À l’heure des gestes barrières, la fête se révèle d’autant plus précieuse qu’elle est rendue quasi impossible.

Or la fête, comme phénomène anthropologique, renvoie à ...

Emmanuelle Lallement

Anthropologue, Professeure à l'Université Paris 8