A Analyse

International

État-nation et définition ethno-religieuse de la citoyenneté

Politiste

Après Sainte-Sophie, le président turc veut reconvertir le musée Saint-Sauveur d’Istanbul en mosquée. Ce type de tentative de définition ethno-religieuse de la citoyenneté dépasse de loin le cas turc et le cadre de chacune des principales religions, ou des États qui y semblent associés (Israël, Inde, Birmanie, Russie…). Dans leur dénominateur commun, ces configurations politiques doivent être comprises à la lumière tamisée d’une sociologie historique et comparée de la formation de l’État, plutôt que mises sous le projecteur aveuglant de l’explication culturaliste et de son « illusion identitaire ».

L’actualité internationale ne cesse de nous rappeler l’acuité, dans un monde contemporain supposé voué à la sécularisation, de la définition ethno-religieuse de la citoyenneté. Aux antipodes du sionisme originel, Israël identifie désormais celle-ci au judaïsme. En mal de sondages d’opinion favorables, le président de la République de Turquie rend à l’islam Sainte-Sophie. Le Liban étouffe sous le poids d’un confessionnalisme politique apparemment indépassable. Les guerres civiles de Syrie, d’Irak et du Yémen semblent largement s’être rabattues sur l’opposition entre sunnites et chiites (ou alaouites). Héritages de feu l’Empire ottoman dont tous ces territoires étaient peu ou prou des provinces ?

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Oui, en partie,...

Jean-François Bayart

Politiste, Professeur à l'IHEID de Genève titulaire de la chaire Yves Oltramare "Religion et politique dans le monde contemporain"