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Politique

L’imagination, notre Commune (1/2)

Philosophe, historien de l'art

L’imagination est l’une de nos grandes communes facultés. Mais aussi notre Commune, mot à penser avec un C majuscule : quelque chose comme notre première faculté de soulèvement, notre première puissance libre de réorganiser le monde autrement, plus justement. Victor Hugo nommera « mineurs » les grands imaginatifs, ces hommes courageux qui ne craignent par d’entrer dans la bouche des volcans pour remonter à la surface des trésors inconnus, pour faire advenir
l’« avenir ».

C’est une vieille histoire, mais ô combien d’actualité. Depuis des siècles les misérables, les paysans pauvres de Rhénanie, parcouraient en hiver les forêts domaniales en y ramassant quelque bois mort pour se chauffer un peu. La forêt avait son propriétaire, bien sûr : chaque arbre et chaque branche de l’arbre constituaient donc une propriété privée dont le vol – couper une branche ou arracher un fruit – était passible de lourdes condamnations. Mais le bois mort, le bois tombé tout seul, on pouvait le ramasser pour en faire son libre usage.

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Lorsque, en 1842, ce droit coutumier fut en passe d’être abrogé par une loi qui renforçait de façon inique le droit des propriétaires, Karl Marx – alors âgé de vingt-quatre ans – prit la plume dans la Rheinische Zeitung et protesta hautement : « Ramassage des ramilles et vol de bois concomitant ! Une seule disposition vaut pour l’un et l’autre. [Certes,] qui dérobe du bois coupé dérobe de la propriété. Par contre, s’il s’agit de ramilles, rien...

Georges Didi-Huberman

Philosophe, historien de l'art, Directeur d'études de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)