Société

La France : tu l’aimes, tu la quittes – et tu en parles

Angliciste, Politiste, Politiste

La France : tu l’aimes, tu la quittes, paru en 2024, enquête qui s’intéresse à des Français·es de confession ou de culture musulmane partis à l’étranger, a connu un grand succès médiatique. Sa réception, comme celle de tous les travaux en sciences sociales, a été le moment le plus réflexif pour ses auteur·ices : celui du retour des enquêté·es, qui éclaire leur relation à la recherche et souligne certains biais de l’enquête.

Les sciences sociales peuvent-elles offrir un espace de prise de parole pour des personnes et des groupes invisibilisés, plus souvent parlés qu’ils et elles n’ont l’occasion de livrer leur expérience ? Nous voudrions interroger cette question à partir du livre que nous avons publié l’année dernière, La France, tu l’aimes mais tu la quittes[1], qui s’intéresse à des Français·es de confession ou de culture musulmane s’étant installé·es à l’étranger, le plus souvent pour mettre à distance le racisme et l’islamophobie qu’ils et elles vivaient dans notre pays. Alors que nous parlions dans l’ouvrage d’une « fuite silencieuse », que nous cherchions à mettre en lumière, sommes-nous – en tant que personnes non-musulmanes – parvenu·es à rendre justice à celle-ci ?

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Le livre, publié au Seuil en avril 2024 s’appuie sur un échantillon de 1070 personnes ayant répondu – entre 2021 et 2022 – à un questionnaire en ligne et de 139 personnes ayant accepté le principe d’un entretien approfondi en distanciel. Nous avons souhaité écrire un livre aussi accessible que possible, qui puisse être lu largement. Si le livre a aussi été lu et commenté par nos collègues de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), il a au moins atteint deux autres publics : les personnes enquêtées elles-mêmes d’une part, et les journalistes qui ont participé à la diffusion des résultats de l’enquête au-delà d’un public déjà initié aux codes des sciences sociales d’autre part. Dit autrement, nous avons écrit autant pour les Français·es musulman·es installé·es à l’étranger qui nous ont confié leurs récits – et d’autres personnes partageant leurs propriétés et expériences sociales – que pour des personnes non-musulmanes, découvrant ou non le phénomène et son ampleur.

Nous voudrions revenir ici sur la question de la restitution et plus largement sur la réception des résultats de l’enquête qui a donné lieu à la rédaction de La France, tu l’aimes mais tu la quittes.

Engouement médiatique, visibilisati


[1] Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin, La France, tu l’aimes mais tu la quittes, Paris, Le Seuil, 2024.

[2] ‘Esteves’ néanmoins est d’origine portugaise, mais peut facilement « passer » pour français.

[3] Cité dans Libération, 1er mai 2025.

[4] Nous remercions chaleureusement Cécile Rodrigues, ingénieure d’études CNRS en méthodes quantitatives, pour son aide dans cette partie.

[5] Martin Thibault, « “C’est pas évident de prendre la vérité dans la gueule” : Notes sur le retour de l’enquête aux enquêtés », Actes de la recherche en sciences sociales, 2022, vol. 3, n° 243-244, 2022. p. 124-137.

[6] Yaëlle Amsellem-Mainguy et Arthur Vuattoux, « Chapitre 11. Restituer une enquête aux enquêtés ». Enquêter sur la jeunesse Outils, pratiques d’enquête, analyses, Armand Colin, 2018. p.171-179.

[7] Caroline B. Brettell, When They Read What We Write. The Politics of Ethnography, New-York, Bloomsbury, 1993.

[8] Camille Abescat, Barbara Gigi et Sixtine Deroure, « Pour une éthique de la recherche en contexte », in Simon Mango, Béatrice Garapon, Cécile Jeanmougin et Alice Judell (dir.), La Fabrique de la thèse Guide collectif d’un exercice personnel. Paris, Karthala, « Hors collection », 2024, p.197-215.

[9] Françoise Zonabend, « De l’objet et de sa restitution en anthropologie », Gradhiva : revue d’histoire et d’archives de l’anthropologie, 1994, vol. 16, p. 10.

[10] Patrick Simon, « Discriminations : révéler un système dans sa bonne (in)conscience », Observatoire des inégalités, 28 novembre 2023.

[11] Marion Carrel, Cyril Fiorini, Jean-Paul Gaudillière et Baptiste Godrie, « Co-produire les savoirs : une urgence scientifique et démocratique », Mouvements, 2025, vol. 1 n° 119, p. 7-14.

[12] L’ouvrage a également suscité des critiques de la part de médias et d’éditorialistes de droite et d’extrême-droite, auxquelles une réponse a été formulée.

[13] Éléonore Lépinard et Marylène Lieber, « Ruptures épistémologiques et nouveaux savoirs », in Les théories en études de genre,

Olivier Esteves

Angliciste, Professeur des Universités, cultures et sociétés anglophones à l'Université de Lille

Alice Picard

Politiste, Post-doctorante à l’École des hautes études en santé publique (EHESP)

Julien Talpin

Politiste, Chargé de recherche au CNRS

Notes

[1] Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin, La France, tu l’aimes mais tu la quittes, Paris, Le Seuil, 2024.

[2] ‘Esteves’ néanmoins est d’origine portugaise, mais peut facilement « passer » pour français.

[3] Cité dans Libération, 1er mai 2025.

[4] Nous remercions chaleureusement Cécile Rodrigues, ingénieure d’études CNRS en méthodes quantitatives, pour son aide dans cette partie.

[5] Martin Thibault, « “C’est pas évident de prendre la vérité dans la gueule” : Notes sur le retour de l’enquête aux enquêtés », Actes de la recherche en sciences sociales, 2022, vol. 3, n° 243-244, 2022. p. 124-137.

[6] Yaëlle Amsellem-Mainguy et Arthur Vuattoux, « Chapitre 11. Restituer une enquête aux enquêtés ». Enquêter sur la jeunesse Outils, pratiques d’enquête, analyses, Armand Colin, 2018. p.171-179.

[7] Caroline B. Brettell, When They Read What We Write. The Politics of Ethnography, New-York, Bloomsbury, 1993.

[8] Camille Abescat, Barbara Gigi et Sixtine Deroure, « Pour une éthique de la recherche en contexte », in Simon Mango, Béatrice Garapon, Cécile Jeanmougin et Alice Judell (dir.), La Fabrique de la thèse Guide collectif d’un exercice personnel. Paris, Karthala, « Hors collection », 2024, p.197-215.

[9] Françoise Zonabend, « De l’objet et de sa restitution en anthropologie », Gradhiva : revue d’histoire et d’archives de l’anthropologie, 1994, vol. 16, p. 10.

[10] Patrick Simon, « Discriminations : révéler un système dans sa bonne (in)conscience », Observatoire des inégalités, 28 novembre 2023.

[11] Marion Carrel, Cyril Fiorini, Jean-Paul Gaudillière et Baptiste Godrie, « Co-produire les savoirs : une urgence scientifique et démocratique », Mouvements, 2025, vol. 1 n° 119, p. 7-14.

[12] L’ouvrage a également suscité des critiques de la part de médias et d’éditorialistes de droite et d’extrême-droite, auxquelles une réponse a été formulée.

[13] Éléonore Lépinard et Marylène Lieber, « Ruptures épistémologiques et nouveaux savoirs », in Les théories en études de genre,