La France : tu l’aimes, tu la quittes – et tu en parles
Les sciences sociales peuvent-elles offrir un espace de prise de parole pour des personnes et des groupes invisibilisés, plus souvent parlés qu’ils et elles n’ont l’occasion de livrer leur expérience ? Nous voudrions interroger cette question à partir du livre que nous avons publié l’année dernière, La France, tu l’aimes mais tu la quittes[1], qui s’intéresse à des Français·es de confession ou de culture musulmane s’étant installé·es à l’étranger, le plus souvent pour mettre à distance le racisme et l’islamophobie qu’ils et elles vivaient dans notre pays. Alors que nous parlions dans l’ouvrage d’une « fuite silencieuse », que nous cherchions à mettre en lumière, sommes-nous – en tant que personnes non-musulmanes – parvenu·es à rendre justice à celle-ci ?

Le livre, publié au Seuil en avril 2024 s’appuie sur un échantillon de 1070 personnes ayant répondu – entre 2021 et 2022 – à un questionnaire en ligne et de 139 personnes ayant accepté le principe d’un entretien approfondi en distanciel. Nous avons souhaité écrire un livre aussi accessible que possible, qui puisse être lu largement. Si le livre a aussi été lu et commenté par nos collègues de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), il a au moins atteint deux autres publics : les personnes enquêtées elles-mêmes d’une part, et les journalistes qui ont participé à la diffusion des résultats de l’enquête au-delà d’un public déjà initié aux codes des sciences sociales d’autre part. Dit autrement, nous avons écrit autant pour les Français·es musulman·es installé·es à l’étranger qui nous ont confié leurs récits – et d’autres personnes partageant leurs propriétés et expériences sociales – que pour des personnes non-musulmanes, découvrant ou non le phénomène et son ampleur.
Nous voudrions revenir ici sur la question de la restitution et plus largement sur la réception des résultats de l’enquête qui a donné lieu à la rédaction de La France, tu l’aimes mais tu la quittes.