Société

Procès des attentats de novembre 2015 : une question de point de vue ?

Anthropologue, Politiste, Politiste, Sociologue et juriste

Il n’est pas aisé de faire entendre des voix qui diffèrent du discours dominant en temps de commémoration. Pourtant, 10 ans après les attentats du 13 novembre 2015, face à cet objet exceptionnel, il faut appliquer les mêmes lunettes de sciences sociales, et produire une analyse complexe qui considère la pluralité des logiques d’engagement dans la violence. Aussi légitimes que soient les peurs et les querelles, elles ne peuvent prendre le dessus sur des analyses scientifiques empiriques.

Comment les chercheur·es peuvent-ils et elles analyser les parcours des auteurs d’attentats terroristes ? Comment la société peut-elle accéder à une compréhension plus fine dans un vacarme politique constant, où chaque mot est instrumentalisé ?

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De septembre 2021 à juin 2022, avec notre collectif de recherche ProMeTe (Procès, Mémoire, Terrorisme), nous avons assisté, jour après jour, au procès des attentats de novembre 2015. Nous avons multiplié les entretiens avec ses acteurs et mené une enquête par questionnaire auprès des victimes. Le livre que nous en avons tiré[1] raconte ce long procès, en en dépliant toutes les dimensions : les échanges avec les accusés, les témoignages des victimes, les rôles joués par les avocats, la contribution des responsables politiques et des experts, les démonstrations des procureurs, etc. La réussite de ce procès « presque miraculeux », selon le magistrat qui l’a présidé, est presque unanimement soulignée. Notre lecture s’est voulue moins euphorique, plus analytique.

Il n’est pas simple de faire entendre un discours différent en temps de commémoration, même lorsque les victimes des attentats elles-mêmes font entendre d’autres voix. Mais être pris dans les feux de la polarisation croissante de l’université et de ses périphéries nous a davantage surpris. C’est pourtant ce que l’un de nos lecteurs a choisi de faire dans Le Monde, qui nous reproche de ne pas faire assez de cas de l’idéologie religieuse des terroristes, pointant chez nous à la fois une absence coupable de conscience du phénomène et une non-spécialisation sur ce thème.

Par quel mécanisme un livre analysant un procès criminel se retrouve-t-il annexé aux querelles qui déchirent aujourd’hui le monde intellectuel ? Notre intention n’est pas d’« excuser » les auteurs des attentats et leurs complices. Notre livre n’est pas une arme utilisable pour ou contre l’islam en France et ailleurs. Pour une raison simple : ce n’est pas son objet.

La radicalisation n’est qu’un aspe


[1] Pauline Jarroux, Sandrine Lefranc, Antoine Mégie, Anne Wyvekens, Un verdict sans appel. Enquête sur le procès des attentats de novembre 2015, Actes Sud, 2025.

[2] Xavier Crettiez, « Penser la radicalisation. Une sociologie processuelle des variables de l’engagement violent », Revue française de science politique, vol. 66, n° 5, 2016 ; Xavier Crettiez, Romain Sèze, « Qui sont les djihadistes français ? », Cahiers d’études pénitentiaires et criminologiques, n° 63, mars 2023, p. 14 et suiv ; Elyamine Settoul, Penser la radicalisation djihadiste. Acteurs, théories, mutations, PUF, p. 115 et suiv ; Fabienne Brion, « Qui sème le vent… Vers une évaluation du plan d’action contre la radicalisation dans les prisons », in Fabienne Brion, Christian De Valkeneer et Vincent Francis (dir.), L’Effet radicalisation et le terrorisme. État des pratiques et des recherches, Politeia, “Les Cahiers du Geps”, 2019 ; Corinne Torrekens, « Pour une analyse interdisciplinaire des processus de radicalisation », ibid. ; Fabien Truong, Loyautés radicales. L’islam et les « mauvais garçons » de la nation, La Découverte, 2017 ; Mohamed-Ali Adraoui, Brahim Afrit, Adam Baczko, Bayram Balci, Radicalités religieuses : au cœur d’une mutation mondiale, Albin Michel, 2025.

[3] Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand, Actes Sud, 2024.

[4] Jean Birnbaum, Le Courage de la nuance, Seuil, 2021.

Pauline Jarroux

Anthropologue, Chercheuse post-doctorante au CUREJ

Sandrine Lefranc

Politiste, Directrice de recherche au CNRS

Antoine Mégie

Politiste, Maitre de conférences à l’Université de Rouen

Anne Wyvekens

Sociologue et juriste, Directrice de recherche au CNRS

Notes

[1] Pauline Jarroux, Sandrine Lefranc, Antoine Mégie, Anne Wyvekens, Un verdict sans appel. Enquête sur le procès des attentats de novembre 2015, Actes Sud, 2025.

[2] Xavier Crettiez, « Penser la radicalisation. Une sociologie processuelle des variables de l’engagement violent », Revue française de science politique, vol. 66, n° 5, 2016 ; Xavier Crettiez, Romain Sèze, « Qui sont les djihadistes français ? », Cahiers d’études pénitentiaires et criminologiques, n° 63, mars 2023, p. 14 et suiv ; Elyamine Settoul, Penser la radicalisation djihadiste. Acteurs, théories, mutations, PUF, p. 115 et suiv ; Fabienne Brion, « Qui sème le vent… Vers une évaluation du plan d’action contre la radicalisation dans les prisons », in Fabienne Brion, Christian De Valkeneer et Vincent Francis (dir.), L’Effet radicalisation et le terrorisme. État des pratiques et des recherches, Politeia, “Les Cahiers du Geps”, 2019 ; Corinne Torrekens, « Pour une analyse interdisciplinaire des processus de radicalisation », ibid. ; Fabien Truong, Loyautés radicales. L’islam et les « mauvais garçons » de la nation, La Découverte, 2017 ; Mohamed-Ali Adraoui, Brahim Afrit, Adam Baczko, Bayram Balci, Radicalités religieuses : au cœur d’une mutation mondiale, Albin Michel, 2025.

[3] Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand, Actes Sud, 2024.

[4] Jean Birnbaum, Le Courage de la nuance, Seuil, 2021.