Les Lumières vertes
Le livre d’Arnaud Miranda, Les Lumières sombres, n’est pas une critique de ce qu’il appelle « la pensée néo-réactionnaire » : c’est une cartographie. Il ne répond pas au discours des blogueurs qui soutiennent l’administration Trump en montrant les intérêts économiques qui les portent, mais il montre la cohérence idéologique de leurs discours en partant des points de l’espace dont ils parlent et en soulignant la conception du temps qui leur est commune. Si ce livre a suscité tant d’intérêt dans les médias français, c’est parce qu’il fait voir des acteurs invisibles en France tout en les reliant par la continuité d’un même discours.

Résumons en effet le propos de ce livre. Deux idéologues de la côte Ouest des États-Unis – Curtis Yarvin et Peter Thiel – rencontrent dans la blogosphère l’enseignement d’un professeur français à l’Université de Stanford – René Girard – et les propos d’un professeur à l’Université de Warwick en Angleterre – Nick Land. Leurs discours idéologiques, amplifiés par un ensemble de technophiles écrivant sous pseudonymes, affirment que l’intelligence artificielle va accélérer le déclin de la démocratie et promouvoir une élite réunie sous la direction d’un monarque. Si on peut supposer que Donald Trump prête peu d’attention à ces discours idéologiques, on sait que son vice-président James David Vance, qui se prépare à lui succéder et qui a étudié dans les universités de l’Ohio et de Yale, les approuve fortement.
Jouons alors le jeu de la comparaison. On peut opposer à ces « Lumières sombres » des « Lumières vertes » qui se sont formées dans le monde anglophone au cours des cinquante dernières années. Celles-ci proposent d’étendre la démocratie des humains vers l’ensemble des vivants pour nous préparer aux menaces environnementales à venir.
Ces Lumières et contre-Lumières ont entre elles des rapports de rivalité : à preuve, le terme « woke » employé par les néo-réactionnaires contre ces universitaires au motif qu’ils et elles condamnent le
