Pour Gisèle Pélicot,
pas de justice sans justesse
L’orchestration médiatique de la sortie mondiale du livre de Gisèle Pélicot, Et la joie de vivre, ne doit pas faire oublier qu’elle est mal à l’aise avec ce statut d’icône qu’elle n’a jamais recherché, s’étant toujours présentée comme « une femme ordinaire ».

Une façon de se définir qui n’a rien d’une coquetterie : ce qu’elle a fait n’aurait jamais eu la même signification ni la même portée si ce n’était pas, justement, le geste d’une femme comme les autres, une femme qui était heureuse de ce qu’elle nomme « sa petite vie », et qui après la collision avec l’impensable qui l’a laissée anéantie, a su aller jusqu’au bout d’une sorte de fidélité à elle-même et réinventer la force qui avait toujours guidé sa façon d’être et d’agir.
En effet, ce fameux refus du huis clos qui a transformé le procès dit « des viols de Mazan » en un vaste enjeu de société, n’a pas toujours été compris. Ce n’est pas la répétition du geste d’une Gisèle Halimi décidant en 1978 de faire du procès d’Aix une affaire publique. Il ne vient pas d’une féministe engagée, imaginant une grande tribune judiciaire pour dénoncer le machisme dominant, ouvrir un grand débat sur le viol et en changer la définition en droit français.
Ce que décide Gisèle Pélicot en mai 2024, sur un sentier solitaire où souffle la brise de l’océan, quatre mois seulement avant l’ouverture du procès, est différent. C’est d’abord un geste très personnel, un geste de survie et de vie. Il ne prendra sa portée collective que le 2 septembre suivant au tribunal d’Avignon et surtout au fil des jours et mois du procès quand d’autres vont s’en emparer. Les journalistes, les militantes, de nombreuses femmes et quelques hommes qui se sentent concernés, se pressent au tribunal ou veillent autour. Les réseaux sociaux transmettent en fil continu ce qui se dit à l’audience et les médias orchestrent un vaste débat citoyen. La solidarité féministe est partout. Gisèle Pélicot devient une héroïne, applaudie à la sortie du tribunal, et célé
