Municipales 2026

Marseille 2026 : le Printemps à l’épreuve de la marée brune

Politiste, Sociologue

Le mandat du Printemps marseillais s’achève dans la tension entre une ambition réformatrice contrariée et une extrême droite qui joue les premiers rôles. Entre cohabitation métropolitaine paralysante, bilan mitigé sur les écoles et l’ombre persistante des trafics de drogue, Benoît Payan affronte une campagne où le cadre sécuritaire imposé par le RN pourrait emporter la décision.

Les élections municipales de 2020 à Marseille s’étaient conclues par une alternance historique. Une coalition associant socialistes, communistes, écologistes et représentant·es de la société civile, le Printemps marseillais, mettait fin à 25 ans de majorité de droite. L’écologiste Michèle Rubirola succédait à Jean-Claude Gaudin le 4 juillet 2020.

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L’expérience fut toutefois brève, puisqu’elle laissait la place de maire 6 mois plus tard à son allié socialiste Benoît Payan, à la fois plus rompu aux joutes politico-institutionnelles, notamment face à la Métropole qui restait dans le giron de la droite, et sans doute plus désireux d’exercer le pouvoir.

Six ans plus tard, le casting semblait, sur la ligne de départ, le même – Benoît Payan face à Martine Vassal, la présidente de la Métropole et du département, qui fut cheffe de file de la droite en 2020, le Rassemblement national en embuscade, La France insoumise en retrait – mais les rapports de force au sein de chacun des camps et entre ces forces se sont déplacés. Pour comprendre ces mouvements et l’état des équilibres politiques à l’orée du scrutin, il faut revenir sur le mandat écoulé, à la fois sur le front de l’action publique urbaine et des luttes politiques[1].

Troubles dans le switch

Le switch de décembre 2020 par lequel Benoît Payan remplaçait Michèle Rubirola a tout à la fois semé un trouble démocratique et permis une clarification dans l’exercice du pouvoir municipal au cours du mandat.

Un trouble, d’abord, car le Printemps marseillais devait en partie sa victoire à la promesse d’un renouvellement démocratique. Sous la pression d’une partie du mouvement social et de l’aile gauche du Printemps marseillais, Benoît Payan dû renoncer à la tête de liste au début de l’année 2020. L’étiquette socialiste était encore trop encombrante, alors que le système G était dénoncé. Un G, non seulement pour Gaston Defferre et Gaudin, mais aussi pour Guérini, Jean-Noël, l’ancien tout-puissant patron de la Fédération soc


[1] Car c’est le parti pris défendu ici : l’articulation entre l’analyse des policies et des politics contribue à une meilleure compréhension de la polity que forme le système de gouvernement local et sa société.

[2] Néologisme et mot valise introduit pour la première fois par la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Marseille, Dominique Laurens, en août 2023, suite à un meurtre sur fond de trafic de stupéfiant. L’expression journalistique et policière jusqu’alors consacrée était « règlement de compte » empruntée au vocabulaire comptable ou financier. L’expression s’est peu à peu imposée dans le débat public pour qualifier les meurtres liés au narcotrafic.

[3] Fabien Desage, David Guéranger, La politique confisquée. Sociologie des réformes et des institutions intercommunales, Éditions du Croquant, 2011.

[4] La mairie du 4e secteur regroupant les 6e et 8e arrondissements du Sud de la ville, terre d’élection historique de Jean-Claude Gaudin.

[5] Cette situation fait dire au compte X, parodique mais très informé, @MarcelBashing, le 17 décembre 2020 : « Si je résume : on a un maire de Marseille qui n’a pas été choisi par les électeurs, une présidente de métropole qui a perdu jusque dans son propre secteur et cumule avec le département et un président de région placé là par un Niçois qui a préféré pouponner. J’ai tout bon ? », ajoutant « Sûr qu’il va y avoir du monde pour aller voter en juin prochain » (aux départementales et aux régionales qui connaîtront en effet des taux d’abstention très élevés, respectivement 67,6 % et 66,28 %)

[6] Un combat pour la reconnaissance de la mémoire d’Ibrahim Ali notamment mené par l’associée-rivale de Benoît Payan au sein de sa majorité, l’ex-sénatrice Samia Ghali, maire des 15e et 16e arrondissements entre 2008 et 2017.

[7] Mise sur l’agenda suite à une lettre ouverte d’une enseignante des quartiers nord en décembre 2015, suivie d’une pétition recueillant plus de 15 000 signatures, et qui fait l’objet de la Une du

Nicolas Maisetti

Politiste, Sociologue, Maître de conférences à l’Université Paris 8

Notes

[1] Car c’est le parti pris défendu ici : l’articulation entre l’analyse des policies et des politics contribue à une meilleure compréhension de la polity que forme le système de gouvernement local et sa société.

[2] Néologisme et mot valise introduit pour la première fois par la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Marseille, Dominique Laurens, en août 2023, suite à un meurtre sur fond de trafic de stupéfiant. L’expression journalistique et policière jusqu’alors consacrée était « règlement de compte » empruntée au vocabulaire comptable ou financier. L’expression s’est peu à peu imposée dans le débat public pour qualifier les meurtres liés au narcotrafic.

[3] Fabien Desage, David Guéranger, La politique confisquée. Sociologie des réformes et des institutions intercommunales, Éditions du Croquant, 2011.

[4] La mairie du 4e secteur regroupant les 6e et 8e arrondissements du Sud de la ville, terre d’élection historique de Jean-Claude Gaudin.

[5] Cette situation fait dire au compte X, parodique mais très informé, @MarcelBashing, le 17 décembre 2020 : « Si je résume : on a un maire de Marseille qui n’a pas été choisi par les électeurs, une présidente de métropole qui a perdu jusque dans son propre secteur et cumule avec le département et un président de région placé là par un Niçois qui a préféré pouponner. J’ai tout bon ? », ajoutant « Sûr qu’il va y avoir du monde pour aller voter en juin prochain » (aux départementales et aux régionales qui connaîtront en effet des taux d’abstention très élevés, respectivement 67,6 % et 66,28 %)

[6] Un combat pour la reconnaissance de la mémoire d’Ibrahim Ali notamment mené par l’associée-rivale de Benoît Payan au sein de sa majorité, l’ex-sénatrice Samia Ghali, maire des 15e et 16e arrondissements entre 2008 et 2017.

[7] Mise sur l’agenda suite à une lettre ouverte d’une enseignante des quartiers nord en décembre 2015, suivie d’une pétition recueillant plus de 15 000 signatures, et qui fait l’objet de la Une du