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Iran : de la révolution « islamique » à la révolution conservatrice ?

Politiste

Il faut considérer le « moment d’historicité » singulier dans lequel nous plonge la guerre d’agression d’Israël et des États-Unis en mettant de côté un agenda politique qui nous amène à appréhender l’Iran seulement par le biais de l’islam. Une autre direction conceptuelle amène à penser l’avenir incertain du pays sur le registre d’une révolution conservatrice.

La guerre d’agression d’Israël et des États-Unis contre l’Iran – car, en droit international, il ne s’agit de rien d’autre que de cela – plonge ce pays, mais aussi la région et le système international, dans l’incertitude la plus complète. S’y conjuguent des facteurs structurant notre époque depuis plusieurs années, sinon des décennies, qui sont disparates mais qui soudain font coalescence et précipitent, dans la plus grande contingence historique, ce que je nomme un « moment d’historicité » singulier, de nature à faire basculer notre temps dans une nouvelle « situation », vouée à se reproduire dans la durée[1].

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Il serait évidemment prématuré de dresser la liste de ces facteurs et de prévoir d’ores et déjà ce qui résultera de ce « moment d’historicité » que l’on a encore peine à nommer : celui de la guerre d’Iran, ou de la guerre du Moyen-Orient, ou de la troisième guerre du Golfe, ou de la troisième guerre mondiale – une perspective que les lobbies militaires vont essayer de populariser mais à laquelle je ne crois pas franchement, avec ce confort que je ne serai plus là, pas plus que mes lecteurs, pour justifier mon scepticisme initial si cette hypothèse s’avérait exacte.

Néanmoins, l’on voit bien, dès maintenant, comment entrent en synergie : un nouveau « temps mondial » (pour reprendre l’expression de l’historien sinologue Wolfram Eberhard) de la révolution conservatrice, qui est lui-même en relation dialogique avec les révolutions conservatrices de l’entre-deux guerres ; la mutation technologique de l’art de la guerre dans laquelle excellent Israël et les États-Unis et qui leur confère une suprématie militaire absolue ; la numérisation totale de nos sociétés, et notamment de leur contrôle policier, de leur communication par le biais d’Internet et des réseaux sociaux, ainsi que de leur économie et de son insertion dans les différents marchés internationaux ; la crise climatique ; l’intensification des migrations internationales ; la montée en puissance


[1] Jean-François Bayart, L’Énergie de l’État. Pour une sociologie historique et comparée du politique, La Découverte, 2022.

[2] Fariba Adelkhah, « Islamophobie et malaise dans l’anthropologie : Être ou ne pas être voilée en Iran », Politix, 2007/4 nº 80, 2007.

[3] Jean-François Bayart, « Le concept de situation thermidorienne : régimes néo-révolutionnaires et libéralisation économique », Questions de recherche/Research in Question, 24, 2008.

[4] Voir Jean-François Bayart, « Pourquoi la guerre ? (1/2) », AOC, 21 juillet 2025 et « Comment la paix ? (2/2) », AOC, 22 juillet 2025.

Jean-François Bayart

Politiste, Professeur à l'IHEID de Genève titulaire de la chaire Yves Oltramare "Religion et politique dans le monde contemporain"

Notes

[1] Jean-François Bayart, L’Énergie de l’État. Pour une sociologie historique et comparée du politique, La Découverte, 2022.

[2] Fariba Adelkhah, « Islamophobie et malaise dans l’anthropologie : Être ou ne pas être voilée en Iran », Politix, 2007/4 nº 80, 2007.

[3] Jean-François Bayart, « Le concept de situation thermidorienne : régimes néo-révolutionnaires et libéralisation économique », Questions de recherche/Research in Question, 24, 2008.

[4] Voir Jean-François Bayart, « Pourquoi la guerre ? (1/2) », AOC, 21 juillet 2025 et « Comment la paix ? (2/2) », AOC, 22 juillet 2025.