Adieu au journal imprimé ?
À deux reprises dans le film Blade Runner, classique de la science-fiction dont l’action se déroule en 2019, le héros lit le journal : plongé dans la cohue nocturne d’un Los Angeles méconnaissable, Rick Deckard (Harrison Ford) déplie devant lui les larges feuilles de papier d’un journal quotidien.

En 1982, lorsque le film de Ridley Scott fut diffusé en salle, le journal avait un avenir : on l’imaginait encore assez naturellement comme l’emblème du présent dans nos fictions du futur et probablement qu’aucun spectateur ne s’arrêtait particulièrement sur ces deux courtes scènes.
Aujourd’hui, au contraire, quelque chose nous parle intimement dans cette présence du journal inséré dans la fiction d’un avenir improbable. Autour du héros, chasseur d’entités humanoïdes qu’on pourrait qualifier d’intelligences artificielles (les « réplicants »), le monde est sombre, ravagé, traversé de brumes et de pluies perpétuelles. Surgissant brièvement au sein d’un tel univers, le journal de Blade Runner apparaît désormais, vu de 2026, comme le survivant anachronique d’un temps que nous avons perdu.
En France, entre le moment où l’on pouvait aller voir au cinéma Harrison Ford lire un journal (1982) et le moment où se déroule l’action de Blade Runner (2019), soit sur la durée où le temps du réel est venu coïncider avec la temporalité de la fiction, la presse quotidienne a vu ses tirages baisser de plus de 50 %, la chute de la presse quotidienne nationale étant encore plus brutale (près de 70 %), d’après le « Rapport sur l’avenir de la presse écrite » (Assemblée nationale, rapport n° 2295, 2023).
Les tendances ne sont guère différentes dans les autres pays occidentaux. Mais qu’avons-nous perdu, exactement, à travers cette baisse dramatique de la diffusion et de la consommation du journal ? Est-ce que la bascule, probablement définitive, d’un support (le papier) à l’autre (l’écran), lorsqu’il s’agit de consommer la « presse écrite », ne traduit-elle pas la fin d’un grand cycle dan
