Symptômes profonds :
les tiers-lieux comme révélateurs
«The Concorde fallacy », aussi nommée « l’erreur de jugement du Concorde », est le nom donné à l’acharnement de la France, du Royaume-Uni et de leurs investisseurs, à poursuivre l’aventure du Concorde, alors même que son échec technologique et économique est annoncé par nombre d’ingénieurs, d’économistes et de scientifiques, à la fois pour ne pas mettre à mal le prestige de ce projet mais surtout parce que des dépenses considérables ont été engagées et qu’il ne s’agit plus, désormais, de faire machine arrière.

Paradoxalement, il s’agit de continuer à investir dans un projet dont on sait qu’il sera une catastrophe financière, au regard des investissements déjà produits et des coûts désormais irrécupérables.
« The Concorde fallacy » peut être le nom d’un déni contemporain et la métaphore d’un entêtement à sauvegarder, coûte que coûte, des croyances – faute de mieux. Dans le cas du service public de la culture, la démocratisation culturelle est-elle ainsi l’objet de cette « Concorde fallacy », comme le suggère Victorien Bornéat dans son récent ouvrage L’Exclusion culturelle. Manifeste pour une riposte populaire (Éditions du Faubourg) : « la démocratisation culturelle est aujourd’hui encore une croyance entretenue depuis des décennies par crainte que sa dissipation justifie le démantèlement du service public de la culture ».
Le tiers-lieu, mot-valise et fétiche
À moins de se doter de nouveaux fétiches, permettant le transfert d’une croyance sur des objets nouveaux (du moins aux dénominations nouvelles)[1], que l’on charge d’un espoir à faire advenir ce qui n’advient pas. Les tiers-lieux, et l’enthousiasme généralisé dont ils font l’objet depuis la fin des années 2010 dans le monde de la culture, comptent parmi ces fétiches.
Les tiers-lieux ont connu un essor sans précédent, devenus démonstrateurs, en hyper proximité, de modes de faire alternatifs aux référentiels usuels des mondes de la culture. Au nombre de 3 500 en 2023[2], les tiers-lieux sont désormais pré
