Play-to-Learn : un pont entre jeux vidéo et sciences sociales
L’hypothèse selon laquelle « personne ne lit les textes universitaires » trouve l’une de ses formulations les plus éloquentes dans une tribune de la revue Strait Times, « Prof, no one is reading you », qui avance qu’un article académique n’est lu intégralement que par « moins de dix personnes en moyenne ». Au-delà des polémiques, la tendance structurelle du « publish or perish [publier ou périr] », à savoir la compétition bibliométrique basée sur la quantité de textes et le classement des revues de recherche, est largement avérée par l’inflation d’articles scientifiques produits ces dix dernières années, qui atteindrait plus de 4 millions d’items par an. Dès lors, la question n’est pas seulement qui lit, mais dans quels formats et par quels dispositifs la connaissance devient visible, intelligible et ré-adressable à des publics variés.

En effet, faute de public, les publications scientifiques voient leur légitimité s’éroder face aux médias d’information, et plus encore face aux médias sociaux. Cette tension a conduit des chercheur·euses à produire des contenus de médiation et de vulgarisation sur ces plateformes pour réconcilier le grand public avec les connaissances académiques. L’enjeu est de taille : les écosystèmes vidéo, et YouTube en particulier, ont atteint une audience considérable : on comptait, début 2025, 5,2 milliards d’utilisateur·trices, et près de 9 internautes sur 10 regardent des vidéos en ligne chaque semaine.
Toujours en termes d’audience, le seul champ comparable est celui du jeu vidéo, avec 3,6 milliards de joueurs en 2025, dont près de 3 milliards sur mobile. Le jeu vidéo, habituellement considéré comme un simple divertissement, peut cependant être abordé comme un média de plus en plus social (avec des fonctions de discussion et de partage de contenus intégrées aux interfaces de jeu) ; une source de connaissances (psychologiques, artistiques, historiques, etc.) ; et un objet légitime d’étude académique (au cœur des game studies).
D’où
