La morale du soupçon de l’IA visuelle
Une crise des images se manifeste depuis l’accès généralisé à la technologie de synthèse visuelle par IA en 2022. Elle se caractérise par un discours d’alerte dénonçant les « fausses images », inscrit dans le contexte plus général des résistances suscitées par l’essor des usages de l’IA générative sous la forme d’agents conversationnels, ou chatbots.

Sur le terrain iconographique, cette crise présente des aspects paradoxaux, dans la mesure où la production d’images de synthèse renoue avec les pratiques de composition qui ont régné sur la culture visuelle depuis la préhistoire. Durant cette longue période, la représentation mimétique n’a provoqué de réactions iconophobes que dans quelques rares cas, liés à la figuration du divin ou à des contestations politiques.
Une nouvelle iconophobie
La crise récente apparaît comme un nouvel épisode de cette histoire. L’arrivée de l’IA visuelle a suscité de nombreuses résistances au sein des professions graphiques, directement touchées par l’automatisation de la production. Mais ces réactions sont distinctes de la condamnation morale qui identifie le nouveau récit des images, dans la tradition de la critique des représentations, considérées a priori comme trompeuses ou illusoires. « Chaque mensonge peut désormais s’accompagner de preuves convaincantes », résume le critique Fred Ritchin, citant un propos d’artiste dans le premier essai sur l’esthétique de l’IA visuelle[1].
Une telle formulation surprendra un lecteur habitué à placer la production figurative sous le signe de l’illusion, comme y invite toute la réflexion sur l’histoire de l’art[2]. Faut-il le rappeler ? Avant les images par projection optique, l’iconographie n’avait pas pour fonction première de représenter fidèlement la réalité. Elle servait aussi de médium à l’expression symbolique, à la fiction, à la mémoire ou à l’affirmation du pouvoir. Non loin de l’Institut National d’Histoire de l’Art, la statue équestre de Louis XIV qui commémore ses victoires mil
