L’IA et la fin des collectifs
On notera que les modèles les plus puissants d’IA à ce jour – ceux-là que l’on présente comme l’armageddon cyber et le terminator langagier (capable entre autres de lipogrammer en E avec la facilité d’un Mr Jourdain) – s’appellent « Fable » et « Mythe ». Et l’on en déduira ce que l’on voudra, mais on se souviendra que le nom de l’IA est avant tout « récit ».

On notera aussi que ces modèles d’IA sont déployés au cœur d’une société baptisée « Anthropic », dont on ne sait plus si le nom est :
— programmatique (tous ces modèles sont anthropiques, c’est-à-dire faits et conçus par des humains),
— antiphrastique (ils ont vocation à dépasser l’humanité, c’est en tout cas leur « récit »)
— ou paronymique (on lit « anthropic » et l’on entend aussi « entropie » qui dit que quelque chose se transforme, et qui dit aussi l’imprédictibilité de cette transformation).
Derrière ces récits je veux vous conter celui qui affleure si peu et me semble pourtant si déterminant. Le récit de la manière dont l’IA signe la fin des collectifs, de la manière dont elle engage cette fin et des moyens colossaux qu’elle y consacre.
Des travaux de sociologues ont, longtemps après les premiers scandales de la Silicon Valley, permis de documenter pourquoi il n’était pas très étonnant que des biais racistes et sexistes soient présents un peu partout dans les algorithmes des plateformes dès lors que les gens qui les développaient (ces algorithmes et ces plateformes) étaient très majoritairement des hommes jeunes, blancs et issus de milieux aisés ; et comment l’automatisation des inégalités constituait (et constitue toujours) un cadre de référence (lire notamment Safiya Umoja Noble, Kate Crawford, Virginia Eubanks, Olivier Alexandre, Jen Schradie et quelques autres …)
D’autres sociologues, d’autres chercheurs, ont montré que derrière ces technologies, se trouvait un travail invisible, celui des modérateurs et modératrices, asservis dans des formes renouvelées et exacerbées d’un capitalisme tissé
