Faire durer n’est pas rendre soutenable
On a beaucoup appris, ces dernières années, à nous méfier de l’optimisation[1]. L’obsession de la performance, de la maximisation, de l’efficacité à court terme, a rendu nos systèmes extraordinairement productifs, mais aussi extraordinairement vulnérables. Ils tiennent tant que le monde demeure conforme aux hypothèses qui les ont rendus efficaces. Ils excellent dans des conditions étroites et se défont dès lors que ces conditions changent.

C’est tout l’intérêt de la notion de robustesse, tel qu’elle a été remise au centre du débat écologique par Olivier Hamant : rappeler qu’un système vivant ne dure pas parce qu’il optimise chaque fonction, mais parce qu’il conserve des marges, des réserves, des lenteurs, des redondances, des processus de réparation, des formes de sous-optimalité. Hamant va plus loin et montre comment ces principes biologiques de la durabilité sous contrainte peuvent – et doivent – également inspirer les systèmes sociaux et techniques. Contre le mythe d’une efficacité sans reste, ce qu’il appelle la robustesse réhabilite ce que la modernisation a souvent cherché à éliminer : le détour, le doublon, le stock, la réserve, le ralentissement ou l’inutile (du moins, en apparence).
Ce déplacement est fondamental et rencontre aujourd’hui un large écho. Il rompt avec une conception de l’écologie en tant que simple optimisation « verte » des systèmes existants. Il nous oblige aussi à sortir de l’imaginaire de la performance maximale, de la fluidité totale, de la tension permanente des chaînes logistiques, des organisations et des infrastructures. Enfin, il montre que la fragilité contemporaine ne provient pas seulement d’un manque de maîtrise mais surtout d’un excès d’optimisation qui rétrécit les options en vue d’un avenir gros de nombreux bouleversements.
Mais une question demeure : derrière cette quête de robustesse, que cherche-t-on à faire durer ?
Car la robustesse ne dit pas tout. Elle répond à une question décisive, mais partielle : comment m
