Controverses sur l’antisémitisme et les racismes (1/2)
Les discussions autour de la « loi Yadan » au printemps dernier ont de nouveau illustré, s’il le fallait, l’extrême polarisation qui marque en France les débats sur l’antisémitisme. Dans ce contexte saturé par les polémiques, il peut être intéressant de se pencher sur la façon dont cette thématique est traitée ailleurs, dans d’autres espaces nationaux. C’est vers l’Allemagne que nous nous tournerons ici. « Apprendre des Allemands[1] », vraiment ?

Notre voisin ne devrait-il pas au contraire servir de repoussoir lorsqu’on en vient à la question de l’antisémitisme ? La démarche peut sembler surprenante, tant les échos qui parviennent de l’autre côté du Rhin n’ont rien de très glorieux, tant du point de vue de la lutte contre l’antisémitisme, de la culture mémorielle ou du respect des libertés politiques, académiques et artistiques.
Cependant, c’est un autre aspect de la situation allemande, moins connu et plus digne d’intérêt, que nous souhaitons mettre en avant dans ce texte : l’existence d’un vaste champ d’études interdisciplinaire consacré à l’antisémitisme, structuré autour d’un centre de recherche dédié, le Zentrum für Antisemitismusforschung (ZfA) de Berlin. Cette institution, qui porte dans l’espace public une voix experte, bien éloignée des polémiques et des polarisations brutales, révèle en creux une certaine « misère française » dans ce domaine. Au moment où les postcolonial studies et les critical race studies, d’un côté, et les études sur l’antisémitisme, de l’autre, s’opposent de plus en plus dans le monde académique pour des raisons essentiellement politiques[2], une partie de la recherche allemande donne à voir une autre « éthique de la discussion » et montre que le souci de la controverse scientifique productive peut primer sur le « campisme ».
Favorables aux transferts épistémiques, ces travaux encouragent une approche comparatiste entre antisémitisme, sexisme et racismes, pensent leurs croisements, intersections et imbrications, tout en se s
