C Critique

Littérature

Littérature et féminicide – sur « 2666 » de Roberto Bolaño

romancier et essayiste

Et si, en ce 8 mars, journée internationale des femmes, nous (re)lisions, dans le désordre, les 1012 pages de 2666, le chef d’œuvre de Roberto Bolaño dont le centre est le féminicide de Santa Teresa au Mexique ?

J’ai lu jusqu’à ce jour deux fois les 1 012 pages de 2666. Une première fois dans l’ordre et puis une deuxième fois dans le désordre ou plutôt dans un autre ordre, en commençant par la cinquième partie du roman, puis en relisant la quatrième puis en reprenant la première jusqu’à la troisième. J’en ai lu aussi de très nombreux fragments en espagnol. Car l’espagnol de Bolaño est très beau, très simple, d’une grande fluidité. « En diciembre, y éstas fueron las ùltimas muertas de 1996, se hallaron en el interior de una casa vacìa de la calle Garcìa Herrero, en la colonia El Cerezal, los cuerpos de Estefania Riva, de quince años, y de Herminia Noriega de trece [1]» Magnifique espagnol, si simple, si pur qu’un hispaniste très moyen comme moi peut en lire des pages et des pages sans beaucoup de difficultés. Et l’on se demande d’ailleurs du fait de cette limpidité presque racinienne, anti-baroque, pour quelle raison la traduction – qui globalement donne l’impression de fonctionner – est si souvent marquée d’incompréhensibles barbarismes ou contresens, erreurs de lecture…

Eric Marty

romancier et essayiste, professeur de littérature à l'université Paris Diderot