C Critique

Livres

Alain Badiou, la révolution et le communisme

Politiste

Avec Petrograd, Shanghai. Les deux révolutions du XXe siècle, Alain Badiou propose des récits pour le moins erronés de la révolution d’octobre 1917 et de la Révolution culturelle prolétarienne de 1967. Le philosophe manque complètement l’autoritarisme et la férocité des appareils centraux ayant piloté chacun des événements : les soviets de 17 n’ont donc jamais obtenu « tout le pouvoir » ; pas plus que les antagonistes de la ligne maoïste n’ont survécu à 67.

Le récent livre d’Alain Badiou Petrograd, Shanghai. Les deux révolutions du XXe siècle (La Fabrique) surprend par son titre. Les deux villes sont mises en avant comme si elles permettaient de comprendre deux des transformations majeures du XXe siècle. L’ouvrage, bref et dense, est formé de quatre chapitres. Deux proposent une interprétation des deux révolutions : pour l’URSS il s’agit de la période de 1917 à 1929, centrée sur octobre 17, et pour la Chine de la Révolution culturelle prolétarienne. Deux autres chapitres loin de décrire le processus révolutionnaire dans les deux villes présentent sous une forme thématique deux textes de quelques pages qui ont joué un rôle majeur, mais comme beaucoup d’autres, dans les deux révolutions. L’un, les Thèses d’Avril, où Lénine tout juste arrivé dans la capitale de la Russie après un long exil, formule un projet de transition vers le socialisme ; l’autre est la Décision en seize points du Parti communiste chinois d’août 1966 donnant des directives pour la Révolution culturelle, décision en partie rédigée par Mao Tsé-Toung, que Badiou associe à la Commune de Shanghai qui dura vingt jours en février 1967 [1].

Dominique Colas

Politiste, Professeur à Sciences Po