C Critique

Théâtre

Les Démons selon Creuzevault, entre le rire et l’effroi

Critique

Avec Les Démons, Sylvain Creuzevault poursuit son anatomie des structures sociales en adaptant le grand roman inquiet de Dostoïevski. Il en fait une farce métaphysique exigeante, servie par des comédiens exceptionnels, interrogeant notre nihilisme contemporain et la dialectique entre rationalisme exacerbé et quête de spiritualité.

Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Russie, au fond des coupes de champagne et sous les cieux désormais vides, vides comme ces vies qu’on dilapide, où continuent pourtant à sonner les cloches. Mais les cloches sont fêlées, comme ces cœurs d’où la foi s’échappe, cette foi qui fond comme cette croix de glace couronnant une chapelle de néons. Quels sont donc ces Démons, dont tous les personnages sont possédés ? La superstition religieuse, le nihilisme révolutionnaire, le socialisme athée. Autant de chapelles et de chapes de plomb que Dostoïevski dénonce, repoussant des idéologies qu’il juge néfastes et terroristes.

Sylvain Creuzevault et sa compagnie D’ores et Déjà s’emparent de ce grand livre inquiet et, à travers un travail dramaturgique remarquable, mettent à jour les maux qui nous rongent, avec un sourire goguenard aux lèvres. Au fil de leurs spectacles, depuis Notre terreur en 2009, qui nous plongeait dans la Révolution française, puis Le Capital et son Singe, inspiré de ...

Ysé Sorel

Critique