Politique et pornographie – à propos de Silvio et les autres de Paolo Sorrentino
Une question lancinante hante celles et ceux qui éprouvent une tristesse sans fin face à la conquête du pouvoir par les extrêmes en Italie, aux États-Unis, plus récemment au Brésil : mais comment se fait-il, en votant pour des candidats ouvertement xénophobes, qui rivalisent de surenchères dans le sexisme le plus grossier, et dont les programmes économiques heurtent les classes les plus défavorisées, que des femmes et des hommes en si grand nombre s’orientent par ce choix vers leur servitude comme s’il en allait de leur liberté ?

Cette question a une assez longue histoire, puisqu’elle est diversement investie par des auteurs comme Spinoza, Whilelm Reich ou encore Gilles Deleuze qui y voyait, avec Félix Guattari, le « problème fondamental de la philosophie politique[1] ».
Dans le cas italien, elle s’affirme surtout à partir de l’élection à la présidence du conseil de Silvio Berlusconi, au moment de son entrée en politique en 1994 et de sa victoire inattendue la même année lors des élections générales. Celui qui était alors considéré comme un homme d’affaires corrompu, un bouffon médiatique, globalement indifférent au sort de ses concitoyens, a pourtant rythmé jusqu’en 2011 la vie politique et institutionnelle de son pays (il a gagné deux autres élections, en 2001 et en 2008), et continue à sa manière de l’animer malgré ses 82 ans.
Redoutable professionnel de la télévision, de par sa présence permanente sur les plateaux, et à cause de son empire audiovisuel qui en fait le propriétaire des principales chaînes privées de la Péninsule, Silvio Berlusconi est et reste fondamentalement un homme d’images. Son omniprésence sur le petit écran avait d’ailleurs conduit le réalisateur Nanni Moretti à déclarer au début des années 2000 : « Il m’est impossible de faire la différence entre le vrai Berlusconi et le Berlusconi que je vois à la télé », tant dissocier l’un de l’autre relève en effet de la gageure.
Il appartient au cinéma, sans doute plus qu’à aucun autre art (en raison