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Cinéma

Politique et pornographie – à propos de Silvio et les autres de Paolo Sorrentino

Critique

Avec Silvio et les autres, Paolo Sorrentino a le mérite d’interroger l’érotisation du pouvoir par laquelle Berlusconi a asservi et tenu l’Italie vingt ans durant. Mais le réalisateur parvient-il à introduire un écart critique suffisant avec la vulgarité et la pornographie qu’il dénonce en la montrant ?

Une question lancinante hante celles et ceux qui éprouvent une tristesse sans fin face à la conquête du pouvoir par les extrêmes en Italie, aux États-Unis, plus récemment au Brésil : mais comment se fait-il, en votant pour des candidats ouvertement xénophobes, qui rivalisent de surenchères dans le sexisme le plus grossier, et dont les programmes économiques heurtent les classes les plus défavorisées, que des femmes et des hommes en si grand nombre s’orientent par ce choix vers leur servitude comme s’il en allait de leur liberté ?

Cette question a une assez longue histoire, puisqu’elle est diversement investie par des auteurs comme Spinoza, Whilelm Reich ou encore Gilles Deleuze qui y voyait, avec Félix Guattari, le « problème fondamental de la philosophie politique[1] ».

Dans le cas italien, elle s’affirme surtout à partir de l’élection à la présidence du conseil de Silvio Berlusconi, au moment de son entrée en politique en 1994 et de sa victoire inattendue la même année lors des élections générales. Celui qui était alors considéré comme un homme d’affaires corrompu, un bouffon médiatique, globalement indifférent au sort de ses concit...

Dork Zabunyan

Critique, Professeur en études cinématographiques à l'Université Paris 8