C Critique

Littérature

La fabuleuse capitale de la douleur – à propos de Borgo Vecchio de Giosuè Calaciura

Professeure de littérature

Arpenter la violence de la capitale sicilienne du désespoir ; peindre ses métamorphoses et mettre en scène ses protagonistes, à la manière de Caravage, pour en composer autant de portraits ; faire surgir, au milieu des râles et de la misère, quelques éclats de grâce ; voici le chemin que trace pour nous Giosuè Calaciura dans Borgo vecchio. Et l’ancien journaliste passé à la littérature l’affirme : «Tutto è vero».

Pour beaucoup d’Italiens, Giosuè Calaciura est une voix – l’un des animateurs de « Farenheit », émission culturelle de qualité sur Radio3, chaîne de la Rai. Il a été journaliste d’investigation. Il est maintenant un romancier qui, en une dizaine de romans et récits, donne une voix à ceux qui n’en ont pas, enfants, animaux, petit peuple, zones urbaines, effritement social…

pubicité

Borgo Vecchio est à la fois le titre et le décor, le protagoniste et le sujet : un quartier populaire d’une ville qui n’est jamais nommée, ancien, antique, archéologique ; un espace confiné, pris entre la mer indifférente et les avenues bourgeoises, avec ses venelles malodorantes qui forment comme un grand corps vivant et grouillant, « les entrailles des ruelles et des cours intérieures » où la police n’ose plus entrer, où règne « la calamité et la pestilence d’égout ». La narration se déroule à une époque imprécisée ; il y est beaucoup question d’argent, ou plutôt de manque d’argent, mais il n’y a ni lires ni euros ; pas de télép...

Isabel Violante

Professeure de littérature, Maîtresse de Conférences en Études Italiennes à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne