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Littérature

Physique des corps et lutte ouvrière – à propos de Querelle de Kevin Lambert

critique

La lutte des classes est une tragédie. Avec son deuxième roman, Querelle, le jeune romancier québécois Kevin Lambert nous livre une chronique sociale brutale, crue et engagée, dessinant un parallèle ingénieux entre l’homosexualité de son personnage et la force subversive des revendications ouvrières qui embrasent la scierie de Roberval.

Une fois n’est pas coutume, commençons par des préventions. Le titre : Querelle. La référence au Querelle de Brest de Jean Genet était si aveuglante que nous faisions la moue car nous tenons celui-ci pour un des plus grands prosateurs du XXe siècle. La rumeur : pour qui a l’esprit de contradiction et un peu de métier, quand elle est unanime, le réflexe est de soulever un sourcil dubitatif. Les tenailles conceptuelles utilisées par les uns et les autres pour approcher le roman : elles ont été tant entendues et rebattues que nous étions découragée.

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Et pourtant. La curiosité fut plus forte que tout et nous nous sommes plongée dans le premier roman publié en France de Kevin Lambert, un très jeune écrivain canadien francophone. C’est un fait : le livre frappe, tranche et ose. Il conjugue plusieurs traits qui en font un objet venu d’ailleurs, plusieurs éléments qui, en général, s’accordent mal : une littérature ouvrière qu’il perpétue tout en la bousculant ; une théâtralité criante ; une prose, ou plus exactement une voix qui produit un...

Cécile Dutheil de la Rochère

critique, éditrice et traductrice