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Cinéma

La hantise du bourreau – sur La Llorona de Jayro Bustamante

Journaliste

Avec La Llorona, Jayro Bustamante nous plonge dans les sombres années de la dictature militaire au Guatemala. En ancrant son point de vue du côté d’un général qui a participé au massacre des populations Maya, le cinéaste réactualise la vieille légende mexicaine du spectre de la mère endeuillée qui erre chaque nuit à la recherche de ses enfants morts. Un thriller politique, à la limite du fantastique, qui fait ressurgir les fantômes et introduit la peur dans le camp des bourreaux.

Ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de saluer la sortie d’un film guatémaltèque, et on s’en félicite doublement. D’une part parce qu’il permet de prendre des nouvelles d’une cinématographie rare, d’autre part parce que La Llorona est un superbe film. Son auteur, Jayro Bustamante, n’est pas un inconnu des cinéphiles qui ont repéré son premier film, Ixcanul (prix Alfred Bauer à la Berlinale 2015), traitant de la place des Mayas dans la société guatémaltèque, puis Tremblements (2019), sur l’homosexualité considérée comme une maladie au Guatemala, pays très catholique. Avec La Llorona, Bustamante continue l’examen critique de son pays en explorant ses zones d’ombres et de refoulement – ici, les années de dictature militaire et le génocide de la minorité Maya.

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La bonne idée du cinéaste consiste à avoir choisi de faire son film depuis le point de vue de la famille d’un général qui a participé au...

Serge Kaganski

Journaliste, Critique de cinéma