C Critique

Littérature

« Partir, c’est mourir un peu. Arriver, c’est ne jamais arriver » — sur deux livres de Valeria Luiselli

Chercheuse en études visuelles

En temps de pandémie, il y a des voix que l’on n’entend pas : celle, par exemple, d’un jeune Guinéen qui s’est vu mettre à la porte par l’ASE le jour de ses dix-huit ans, le 4 avril dernier. Dans un essai puis un roman, l’écrivaine mexicaine Valeria Luiselli a donné à entendre, par un entrelacement de voix et de récits, ces enfants immigrés, seuls, désœuvrés qui tentent de traverser le désert de l’Arizona ou la mer Méditerranée.

Parmi le flot de voix qui se sont élevées ces dernières semaines pour raconter leurs expériences du confinement, entre chroniques désœuvrées des réfugiés du bocage et colère sociale des personnels soignants, il y a celles, presque inaudibles, des mineurs isolés étrangers. Le 4 avril dernier, l’un d’entre eux, Mohamed Lamine Camara, lançait un appel à l’aide déchirant sous la forme d’un message posté sur les réseaux sociaux. Il y expliquait comment la veille, jour de ses dix-huit ans, il avait été mis dehors par l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

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« Pour que vous compreniez, poursuivait-il, je dois vous raconter mon histoire », avant d’engager un récit qui débutait deux ans plus tôt, en Guinée où, avec sa sœur aînée, il avait entrepris un voyage aussi périlleux qu’incertain, à travers le Mali, le Burkina-Faso, le Niger, et la Libye. Elle, comme beaucoup d’autres femmes et jeunes filles, ne devait jamais arriver jusque sur les côtes europ...

Alice Leroy

Chercheuse en études visuelles, Enseignante en histoire et esthétique du film