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Rediffusion

Rêver son père – à propos de Papa de Régis Jauffret

Critique Littéraire

Avec Papa, Régis Jauffret surprend. Habitué des récits imaginaires, l’auteur des Microfictions entreprend ici de raconter son propre père, Alfred. Ce dernier, muré dans la surdité depuis l’enfance, est quasiment incapable de nouer des relations avec autrui et en particulier son fils. À grand renfort d’imagination, Régis Jauffret va pourtant choisir de dresser le portrait de ce curieux géniteur dont il ne sait finalement pas grand chose. D’une plume dénuée de pathos, parfois cruelle, souvent drôle, et tendre malgré tout, l’écrivain livre ainsi un splendide roman sur la figure du père Rediffusion du 6 janvier 2020

Pour la première fois, Régis Jauffret, le défenseur de la fiction et de la transformation des faits en matière romanesque, entreprend de « se dire », de parler de sa famille, de son enfance à Marseille dans les années 1960, et plus particulièrement encore de son père, Alfred Jauffret. Né en 1915, mort en 1987, il devient quasiment sourd à l’âge de neuf ans à la suite d’une méningite. Peu à peu il perd complètement l’ouïe, ce qui complique les relations avec un enfant ou avec quiconque.

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À partir de la quarantaine la situation s’aggrave : il végète. C’est on ne peut plus éteint qu’il traîne de guerre lasse son « moi atrophié» par un neuroleptique, l’Haldol, qui lui est administré deux fois par jour pour calmer les phases d’excitation de son tempérament bipolaire. Il réussit tout de même à travailler à temps partiel dans l’entreprise de carénage de son cousin.

Régis Jauffret a donc grandi auprès d’un père indifférent et insensible à l’ind...

Virginie Bloch-Lainé

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